Les trois groupes politiques

Verts qui défendent notre chère planète, socialistes qui promeuvent plus d’égalitarisme, Front de Gauche qui en appelle à un vrai changement de société, droite qui défend l’idée que le marché est le moteur de la société… voilà comment se présente le débat politique. Voilà comme il se présente, mais ne le voilà pas tel qu’il est ! Je distingue au contraire trois grandes conceptions politiques. L’une est européiste néolibérale, l’autre veut ériger une force d’une gauche de gauche trans-nationale, la dernière est plus casanière et nationaliste. Il ne m’intéresse pas de savoir laquelle est la plus juste, la justice c’est l’avenir, l’avenir sera national.

L’européisme néolibéral est le commun dénominateur de tous les grands partis français (UMP, PS, Verts, MoDem), même si certains du PS et des Verts sont tentés par la construction d’une gauche européenne à échelle continentale. Ce néolibéralisme objectif les a conduit à appeler à voter les yeux fermés pour une constitution européenne basée sur le « marché libre et non faussé » ; quand les Français ont rejeté cette proposition, ils ont collaboré ensemble pour que le traité de Lisbonne-Sarkozy puisse être adopté. L’espoir de ce bloc politique est avant tout de conserver le pouvoir qu’ils détiennent depuis des décennies, se partageant ensemble ou alternativement l’Élysée et les ministères. Les plus à gauche – qu’ils soient Aubry, Bayrou ou Boutin – en attendent qu’une relative prospérité puisse être mieux partagée : plus d’aides sociales. Il ne faut pas les prendre pour des idiots : personne chez eux ne peut sincèrement croire que la France prospèrera dans cette voie politique, mais voilà : TINA ! « there is no alternative ! » comme le disait Thatcher et son Alzeimer qu’ils n’ont pas, eux, oubliée… Il n’y a pas d’autre alternative que le néolibéralisme (c’est à dire le capitalisme omnipotent) pour qu’une société survive, c’est la le credo de tous ces gens, se déclarent-ils « de gauche ». Dans cette ambiance « survivor » prônée par quasi toute la classe politique, les écolos sont pain-béni, eux qui expliquent qu’il faudrait décroître (ce qui est inévitable dans un marché libre face à la Chine), se contenter de moins, se passer de voiture pour revenir au vélo, consommer moins (en période de baisse du pouvoir d’achat attendue, quelle aubaine !)… Pour aider à leur œuvre conjointe d’éducation populaire et dans leur crainte de voir ressurgir les vieux démons bellicistes si pugnaces en Europe depuis tous les siècles, l’immigration est un grand espoir ; ils naviguent donc entre l’appel impopulaire à l’ouverture des frontières et des actions médiatiques visant à faire accroire qu’ils tentent de juguler l’immigration, au moins de la contrôler. Encore une fois, ils ne sont pas idiots ! ils savent parfaitement que ce sont par des pays européens trop pauvres pour être des destinations d’immigration que rentrent beaucoup de migrants, ces pays – n’ayant ni les moyens ni d’intérêt direct à interdire ces entrants – ne font qu’un minimum insuffisant pour barrer leurs frontières extra-européennes. Mais, comme le pense DCB et beaucoup d’autres, faute de peuple européen, autant dissoudre les peuples existants – slovène, français… – dans une immigration massive qui ferait disparaître toutes ces identités nationales qui condamnent la construction européenne qu’ils veulent ! Ben oui : « l’Union fait la force ! » radotent-ils benoîtement.
Ces eurolibéraux du PS, des Verts, du MoDem ou de l’UMP ont tort : d’abord le système économique qu’ils défendent – le capitalisme – est à bout de souffle, les crises s’y enchainent de plus en plus rapidement et les recours que l’on trouve pour colmater les brèches s’avèrent de plus en plus rapidement des emplâtres sur une jambe de bois ; et la raison en est simple : nul besoin de lire Le Capital pour le comprendre, le capitalisme a pour but de créer de l’argent, or on ne fait rien avec des billets de banque, ça ne se mange pas ! on veut (à bon ou mauvais escient) des saucissons et des 4×4. Le problème du capitalisme est qu’il prend l’argent comme un but ultime quand l’argent n’est qu’un moyen ! Ensuite, le second écueil sur lequel devrait achopper le projet néolibéral européen est « les peuples », car ceux-ci – qui sont bien moins virtuels que la finance – rechignent à se faire dévorer dans un jeu où ils n’ont rien à gagner ; d’autant qu’une magie de la constitution des peuples s’opère : des anciens immigrants se solidarisent avec le pays d’accueil au point d’en être plus exigeants quant à l’identité nationale adoptive que des « souchiens » même ! et il ne se crée pas d’universelle solidarité entre les anciens immigrants et les nouveaux arrivés…

La deuxième équipe rêve de Grand-soir social, mais d’un Grand-soir continental, et légitimiste plutôt que révolutionnaire. Beau rêve ! Il leur faut travailler à construire une alternative à la gauche de la gauche collaborationniste, avec syndicats de lutte et mouvements altermondialistes. Die Linke, le Front de Gauche, Attac, beaucoup d’écolos, etc. Mille groupuscules et individus qui espèrent renverser la marche de l’Europe du fric vers une Europe des citoyens. Pour y parvenir, il leur faudra gagner toujours plus de places à Bruxelles, au Parlement européen… Une fois qu’ils y auraient dépassé en importance la gauche vendue au néolibéralisme capitaliste, ils pourraient contraindre les sociaux démocrates à revenir aux fondamentaux de la gauche, et puis même revenir sur les traités européens dont celui de Lisbonne qu’ils abhorrent… Noble croisade ! Pour l’heure, leurs succès sont confidentiels et ils cartonnent au maximum à 10% des voix ; même en Allemagne ou Die Linke a soufflé ses 3 bougies.
Ils ne parviendront pas à leur but. D’abord le Parlement européen n’a guère de pouvoir et ne pourra pas changer la voie que les constructeurs de la machine européenne ont bétonnée, et puis la dispersion des votes entre 27 réalités nationales écarte toute possibilité d’un bouleversement de la donne à Bruxelles : quand un pays vote pour eux, un autre les lâche (comme c’était d’ailleurs arrivé en France avec les Verts et leur succès au dernières européennes, succès qui compensait les pertes écolos dans d’autres nations, notamment aux Pays-bas). Qui plus est, les intérêts des travailleurs allemands ne sont pas les mêmes que ceux de Pologne… Enfin, comme les politiciens de cette vraie gauche ne sont pas idiots eux non plus et connaissent les limites de leurs perspectives, ils fraternisent régulièrement avec la gauche du camp euro-capitaliste : ils s’entraident aux élections en appelant réciproquement à se désister pour le candidat le mieux placé, ils se font coopter des places de ministère, etc. Le PC n’existerait déjà plus, il aurait été bouffé par la droite, si le PS n’était pas là pour lui sauver ici des mairies, là des députés… Quant au Parti de gauche, il ne cherche qu’à réorienter le PS dont il a fait scission pour que celui-ci se réoriente à gauche. Dans ces conditions, le « vote utile » joue contre eux du fait qu’ils ne se démarquent pas clairement et franchement de la gauche néolibérale à la DSK, offrant une image floue plutôt que sexy aux électeurs… Mais le PC ne peut pas se permettre de se séparer du PS, la CGT – faute de syndiqués – ne veut pas perdre ses postes illégitimes (CE d’EdF par exemple) qui lui permettent de se montrer encore grande, elle ne peut donc pas appuyer de vrais mouvements sociaux. Quant aux syndicats de lutte – SUD, FSU… -, ils sont exclus par la loi de toutes les négociations majeures, et des organismes sociaux qui sont, en absence d’adhérents, les vaches-à-lait des grandes centrales. Les syndicats « de lutte » sont alors dans la misère face aux vieux bastions mollassons qu’ils sont contraints de suivre faute de munitions ! Cette gauche n’a aucune chance de parvenir à ses fins, sauf à ce qu’une Révolution vienne… mais qui la prendrait de cours puisque la Révolution n’est pas son but ! Or les Révolutions, ça ne se décrète pas ! et personne ne connait ce qui fait qu’un peuple s’y adonne parfois…

Le troisième camp n’a lui aucune communauté avec le premier, il partage avec le second la révulsion pour l’Europe néolibérale. Il est même très proche sur de nombreux points de la gauche de la gauche. Le sujet sur lequel ils s’écartent radicalement l’un et l’autre n’est pas l’immigration, c’est l’Europe. Quand la gauche de gauche a comme objectif une victoire de ses idées à une échelle continentale, eux ont réalisé l’impossibilité de cette ambition. Ils ont compris que l’Union européenne a justement été constituée pour éviter que jamais il n’y ait de réorientation de sa politique économique ! Faisant ce constat évident, le groupe européen qu’ils constituent – même s’il grossit – n’est pas leur priorité. Ils savent qu’il leur faudra prendre le pouvoir nationalement pour lancer nationalement de vraies politiques alternatives : retour aux frontières, à une monnaie nationale, aux protectionnismes économique et social, au contrôle des marchés… Quant à Bruxelles, l’éventail politique qu’ils y mèneront ira, en cas de désaccord, de la désobéissance à la « chaise vide », voire à la séparation pure et simple.
L’atout majeur dans leur jeu, outre leur réalisme face à l’idéalisme des l’union-fait-la-force, c’est l’existence indéniable des peuples européens, en tout cas du Peuple français. Ils sont aussi ceux qui défendent ce peuple en réclamant le respect de sa voix démocratique face aux oligarques de Bruxelles. Peu importe quelque part qui constitue ce camp : puisqu’il lui faudra prendre le pouvoir, donc l’Élysée, cela se résume à un nom de présidentiable sur lequel se retrouvera une majorité de Français ! Les précédents traficotages pervers de la Constitution de la Vème, faisant que les Législatives suivront son élection, lui assurent d’ores et déjà qu’il obtiendra un groupe parlementaire suffisant pour mettre en œuvre sa politique. Cette politique, si elle ne nous emmenait pas vers des « lendemains qui chantent », nous promet au moins de nous éviter la Révolution et l’émeute conséquences à attendre des orientations néolibérales, tout autant que la dictature qui s’annonce chaque jour un peu plus à Bruxelles contre nos démocraties.

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Un commentaire pour Les trois groupes politiques

  1. Astringues dit :

    Bonjour,
    Votre analyse me semble pertinente à bien des égards, mais il me semble qu’une lacune importante y soit présente.
    Si je vous rejoins complètement sur la première équipe et son adoration pour le TINA, vous oubliez qu’il existe un « membre » de la seconde qui n’a pas les défauts de conception politique que vous décrivez : pas de compromission avec la pseudo gauche (PS, verts, etc) pour obtenir ou sauver des postes de notables, pas d’obnubilation sur les résultats des élections (européennes notamment, je vous rejoins sur le « pouvoir » de Strasbourg), et dont le but est clairement une « révolution » (la moins sanglante possible) dans le sens historique du terme, à savoir un changement de régime, de constitution, et l’instauration d’une véritable démocratie dans l’ensemble des pays européens : le NPA.
    Je vous encourage à lire leur projet politique ou à rencontrer leurs adhérents : si ce parti n’a pas de résultats politiques spectaculaires, vous verrez qu’il est en tous cas cohérent dans sa politique.
    Cordialement,

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