Ne regardez pas le JT !

Noël Mamère, Dominique Baudis , Jean-Marie Cavada, anciens journalistes présentateurs télé devenus hommes politiques (le second est aussi fils d’élu), Alain Juppé et Isabelle, François Baroin et Marie Drucker, Jean-Louis Borloo et Béatrice Schönberg, DSK et Anne Sinclair, Bernard Kouchner et Christine Ockrent, François Hollande et Valérie Trierwiller, Vincent Peillon et Nathalie Bensahel, Martin Hirsch et Florence Noiville, Arnaud Montebourg et Audrey Pulvar, Michel Sapin et Valérie de Senneville, Philippe Douste-Blazy et Dominique Cantien, tous couples d’hommes politiques (très bientôt de femmes politiques aussi) et de journalistes. Or tous les sondages d’opinion constatent que les Français se méfient des journalistes autant qu’ils n’ont pas confiance dans leurs politiciens…

Pourquoi ces politiques, qu’ils soient de droite ou de gauche (UMP ou Verts), ont été journalistes ? Pourquoi, surtout, ces autres (UMP, PS, centristes ou Verts) épousent-ils (ou se collent-ils comme concubine) des journalistes ? Pour contrôler les médias ? ce serait la première réponse qui viendrait à nos idées mal placées… Mais pourquoi les ouvriers épousent-ils (alors qu’ils n’ont même pas le même lieu de travail) des caissières ou des esthéticiennes ? Est-ce pour passer en fraude des produits à leurs caisses ? pour obtenir des soins de beauté qui corrigent leurs peaux attaquées par les mortiers ou les solvants ? Non, s’ils se mettent ensemble, c’est qu’ils sont de la même classe sociale, et c’est tout bonnement pareil pour Vincent Peillon : s’il est le frère, l’époux et le père de journalistes, c’est qu’ils sont tous de la même classe sociale, de même pour Jean-Paul Delors qui était journaliste à Libé en même temps que fils de Jacques Delors et frère de Martine Aubry. Les chiens ne font pas des chats ! dit une sagesse populaire. Ils ne se côtoient pas que dans des interviews, ne se retrouvent pas que sur des plateaux : ils sortent des mêmes écoles, partagent les mêmes raouts, s’accompagnent au théâtre ou dans des vernissages, se voisinent dans les mêmes stations balnéaires, quand ils ne baffrent pas ensemble aux diners du Siècle. Ils partagent surtout une commune vision du monde, ce qui est un ciment indispensable à toute union réussie.

Fritz Zorn, dans son livre, Mars, exprime bien cette éducation harmonieuse – à laquelle il attribue son cancer – à l’intérieur de Sa classe sociale : « Je m’habituai à ne porter aucun jugement personnel, mais au contraire à toujours adopter les jugements des autres. Je m’habituai à ne pas apprécier les choses par moi-même mais à n’apprécier jamais que les choses bien : ce que les autres considéraient comme bien me plaisait aussi et ce que les autres n’estimaient pas bien, je ne l’approuvais pas non plus. Je lisais de « bons livres » et ils me plaisaient, parce que je savais qu’ils étaient « bons » ; j’écoutais de la « bonne musique » et elle me plaisait pour la même raison. » Un vrai conformisme de classe, un conformisme néolibéral dirons-nous (il ne peut y avoir que de marché libre, or face à la mondialisation, il faut être unis, donc l’Europe unie etc.) puisque ce terme commence à être entendu. Mais il existe aussi, en opposition, un conformisme gauchiste tout aussi décérébrant (où la propriété individuelle des moyens de production serait Le problème…), la grande différence étant que ce conformisme-là ne mène pas, lui, aux postes clés de l’entreprise, de la finance, de la politique… et des médias. (L’un des seuls journalistes « star » à opposer une vision originale – et de droite – à la doxa néolibérale, Éric Zemmour, n’est justement pas né avec une cuillère en or dans la bouche).
Mais, qu’ils soient de droite ou de gauche, ils ne sont jamais « d’extrême droite », ni « d’extrême gauche », et ils ne sont jamais en ménage qu’avec des journalistes des grands médias dominants. De là à conclure que la sensibilité des acteurs des médias dominants correspond à celle d’une gironde qui n’a de sympathie que pour les idées qui courent du PS à l’UMP, il n’y a qu’un pas qu’il ne faut pas hésiter à franchir pour comprendre que presse, télévisions, radios, ne retransmettent qu’un seul discours, et que ce discours est un discours de classe, celui de la classe dominante. Discours de salon, courtoises algarades en demi-teintes, où un Strauss-Kahn peut passer pour un bolchévique face à un chef d’entreprise ronchonnant contre les charges de sa boutique, tandis que tous deux seront cigares aux becs et coupes de champagne en main, le peuple leur servant les petits fours.
L’exemple de 2005 a été frappant où l’unanimisme des 4 grands partis (UMP, PS, UDF-MoDem, Verts), soutenu en chœur par l’ensemble des grands médias, a été désavoué par la grande majorité des Français. Ils ne sont – politiques ou journalistes – rien parvenus à comprendre alors : leur logiciel intellectuel de classe ne le leur permettait pas !

Ce logiciel, on pourrait le nommer TINA, reprenant le « There is no alternative » de Margaret Thatcher, que son alzheimer lui a fait oublier, mais qu’ils gardent, eux, en mémoire. Quand la première ministre anglaise lance ce slogan dans les années 80, elle veut exprimer par là sa conviction qu’il n’y a pas d’alternative sensée à la politique néolibérale (capitalisme conjugué avec un désengagement de l’État) qu’elle impose à la Grande-Bretagne. On la critique alors beaucoup en France à cette époque, mais, finalement, ces critiques attaquent plus les méthodes « de fer » qu’emploie Mme Thatcher que leur contenu. On la vilipende d’avoir laissé mourir de grève de la faim tant d’indépendantistes irlandais en prison – mais on est d’accord que l’Irlande du Nord ne doit pas quitter le Royaume-uni -, on se révulse qu’elle ait été si dure face à la grève des mineurs – mais on cautionne la fermeture de ces mines. Zola écrivait déjà, dans Germinal, après une grève interminable qui avait abouti à de nombreuses victimes chez les mineurs, ce qu’en pensaient les élites : « les morts … c’était une leçon nécessaire, et tous s’attendrirent … ajoutèrent que, maintenant, le devoir de chacun était d’aller panser les plaies » : compassion tout en désapprouvant les contestataires ! Parallèlement, les mesures thatchériennes concernant les privatisations, la casse des services publics, l’ouverture aux marchés financiers, tout cela ne fait pas polémique, car il n’y avait déjà plus d’opposition intellectuelle forte à ce dogme.

C’est que l’on sort des fantasmes maoïstes des années 70, Soljenitsyne a enfin mis au jour les horreurs du goulag soviétique, les fois immondes des communistes marxistes sont ridiculisées par les massacres au Cambodge, par la tyrannie castriste, par l’effondrement de l’économie socialiste russe… face à ces réalités sombres – échecs démocratique, économique, humaniste – de l’univers inspiré de la bible de ceux qui ont voulu sacraliser le message du Manifeste de Marx et Engels, Thatcher, Regan, les néolibéraux, ont la part belle pour imposer leur solution ; la mansuétude complice des partis socialistes, décrédibilisant les alternatives politico-économiques qu’ils auraient pu proposer. Le retournement radical de nombreuses élites médiatiques de gauche, engagées auparavant dans ces chausse-trappes archéo-révolutionnaires, achève de faire abandonner à la gauche socialiste, avec ses valeurs marxistes les plus surannées, toute autre ambition que d’accompagner un peu socialement l’essor du capitalisme considéré comme horizon inéluctable. À ce point que Jean-Luc Mélenchon peut déclarer à juste titre d’un quotidien encore réputé « de gauche » : « Le nid des déclinistes, c’est le journal Le Monde, c’est là qu’ils se trouvent tous. Tout le temps près à abaisser, avilir, nier l’effort des Français. Les premiers à courir derrière le classement de Shanghai pour expliquer que l’université ne vaut rien, les premiers à dénoncer l’inaptitude des ouvriers, leur incapacité à faire face aux défis du monde. Le Monde c’est ça, c’est la bonne conscience incarnée de la société néolibérale. »

Aujourd’hui, nos médiacrates trouvent des vertus à l’euro : c’est plus facile quand on se déplace en Europe… mais les peuples européens, eux, ne se déplacent pas bien loin ! ils n’en ont pas les moyens. Ces journalistes-là ont abandonné le peuple, ils sont avec leurs compagnons de la classe dirigeante dans un autre univers. Que le peuple arrête enfin de les écouter pour ne plus les entendre !

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