Penser global, agir local !

« Ces grands sommets sont avant tout des mises en scène que les grands de ce monde s’organisent pour se donner en spectacle, pour exprimer leur puissance. Les négociations se déroulent dans d’autres espaces : il s’agit de processus qui filent sur plusieurs années et s’articulent sur des axes bilatéraux et multilatéraux, dans des forums beaucoup plus discrets, entre représentants de ministères stratégiques, par exemple, mais aussi au sein d’institutions internationales comme le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale, ou des tribunaux administratifs. » C’est que pense Francis Dupuis-Déri, écrivain, ancien chercheur au MIT, enseignant au département de Science Politique et à l’Institut de Recherches et d’Études Féministes (IREF) de l’Université du Québec à Montréal (Novembre 2010, suite au G8-G20 de juin à Toronto).
http://www.mouvements.info/Les-grands-sommets-servent-a.html

Que dans ces raouts mondialistes il ne se passe rien que la comm pour impressionner les masses, j’en suis moi aussi convaincu, et je l’avais dénoncé au moment de la farce de Cancun. J’en conclue donc que ce spectacle, tout prisé qu’il soit par les médias laquais du pouvoir, il ne faut plus tenter d’y rivaliser en processions pour apitoyer nos bons maitres ! À trainer ainsi la semelle sous leurs fenêtres, que ne se prennent-ils pas pour des empereurs romains victorieux contemplant le défilé des prisonniers de leurs guerres ? (Le peuple de Paris n’est pas allé pleurer à Versailles, il a pris la Bastille.) Le pire, c’est l’épuisement que coûte ces grands rassemblements contre-sommets : le temps qu’il prend à ceux qui s’y rendent, l’argent qui y est dépensé. Certes il y a un côté vacances, un peu de nostalgie baba, des rencontres sympas, voire intéressantes ; mais, au total, tout ça n’est pas sérieux, il ne s’agit que d’une comédie, d’une mise en scène de la révolte. Et on laisse ainsi sur le chemin tous ceux qui ne pourront pas partir si loin : à cause de leur travail, de leur vie de famille, de l’argent, de l’âge… Or combien nos forces sont nombreuse mais limitées face à eux dont les leurs sont infinies : ils ont même la main sur nos économies ! Alors je rêve de combien on aurait pu faire de modestes actions signifiantes plutôt que de se ruer vers ces lieux symboliques ; tout ça pour pouvoir en rentrer et déclarer bravache : « J’y étais ! » (Or, même moi, j’y suis allé !)

« Mais si ces sommets ne sont que des mises en scène, des spectacles protocolaires que s’organisent les plus puissants de la planète, les manifestations de rue et la turbulence de la foule peuvent, justement, perturber ce spectacle, en proposant un contre-spectacle. » nous affirme pourtant Dupuis-Déri après avoir démontré la vacuité de la chose… L’intérêt serait donc de courir sur les lieux de ces non-évènements pour y pavoiser devant les caméras dans l’espoir de piquer la vedette aux vraies stars de la fête ? comme des gamins qui font des contorsions pour passer leur tronche dans le petit écran… Et faire exactement ce que dénonçait Debord : une révolte purement spectaculaire ! Si les Indignés avaient agi de la sorte, ils se seraient dirigé vers Bruxelles plutôt que de se retrouver tous les jours dans leur ville, dans leur village ; et le mouvement serait mort depuis bien longtemps. (D’ailleurs une marche funèbre est organisée en ce moment vers la capitale européenne pour fermer définitivement la parenthèse ouverte par les Indignés.) En « organisant et en participant à ces événements contestataires, » nous n’écrivons pas « l’histoire des luttes populaires et de la vraie démocratie », nous l’enterrons.

« Quant à la fameuse tactique du Black Bloc, j’aimerais rappeler les propos du philosophe suisse Nicolas Tavaglione, après le Sommet du G8 à Évian, qui avançait que « les Black Blocs sont les meilleurs philosophes politiques du mouvement », parce qu’ils posent dans l’espace public, par leur turbulence, le choix politique fondamental entre la « sécurité » telle qu’entendue par l’État et ses partisans, et la liberté et l’égalité. Réduire l’analyse à un rapport de cause à effet entre turbulence et répression et à la fois simpliste, fallacieux et démobilisant. La turbulence de la contestation au néolibéralisme peut évidemment prendre diverses formes, mais des mobilisations sans turbulence et qui n’indisposent personnes restent, conséquemment, sans grand effet ni grande signification politique. … Je fais le pari que dans cent ans ou plus, quand des historiennes et des historiens se pencheront sur ces mobilisations « altermondialistes », il n’y aura pas de débat d’interprétation quant à l’efficacité ou non de la « violence », ou la pertinence des contre-sommets. Primera sans doute, dans l’analyse, la certitude qu’il s’agissait d’une expression claire et limpide d’une crise de légitimité des élites mondiales, face à des foules en colère, qui années après années, et malgré les vagues de répression, continuaient de se rassembler pour dénoncer ces élites. » S’il faut aller là-bas face aux sbires armés de l’Empire, la manif-à-papa n’est pas la bonne stratégie. « Plus de slogans face aux flicards, mais des fusils, des pavés, des grenades ! » (Renaud)

Pour tous ceux qui, comme moi, ne se sentent ni l’âme, ni l’esprit, du warrior alter ou antimondialiste, c’est la stratégie de Jacques Ellul qui s’impose : « Penser global, agir local ! », et ne pas cautionner en les fréquentant les grandes cérémonies mondialistes, fût-ce même pour les contester.

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