Cinq au premier tour

Plus que quelques semaines avant la curée du premier tour où 8/10 des candidats resteront à terre. Cinq briguent raisonnablement l’heur d’être les rescapés qui batailleront à la finale. Pour celui que je trouvais le meilleur, il a été exclu – faute prévisible de parrainages -, pour mon préféré, il y a peu de chances qu’il atteigne les 5%. Alors parlons des cinq autres.

Bayrou ne fait plus recette, d’abord parce qu’il a des candidats moins grotesques que ceux de 2007 face à lui – Sarko a acquis de la notoriété de son mandat qu’il achève tant bien que mal sans avoir emmené la France dans l’apocalypse qu’on pouvait craindre ; son challenger du PS, tout « Fraise-des-bois » soit-il, est moins nunuche que sa Royal ex-greluche prédécesseuse à la candidature du parti mitterandien -, ensuite le gars du « centre » s’est coupé les jambes en 2007 avec son absurde fabrication du MoDem qui a permis au locataire de l’Élysée d’aider, en contrefeu, à la construction d’un Nouveau-Centre pour s’inféoder les collabos de l’ex-UDF. Pour Bayrou, c’est plié : il aurait battu Sarkozy haut-la-main au 2ème tour, mais il n’en sera pas.

Sarkozy sort de son quinquennat avec une popularité au plus bas. Pour autant elle est assez comparable à celle d’un Chirac réélu en 2002 – même si les u-chronistes veulent exclusivement attribuer son succès d’alors (dont j’étais persuadé dès 2001) à l’éviction de Jospin par Le Pen père. On a surestimé les conséquences infimes du drame de Papy Voise quant à son déterminisme sur l’issu du premier tour : Jospin a été battu… parce qu’il n’était pas de gauche – point barre. Le sortant n’est pas si éloigné de la déception populaire recueillie par un Mitterand à la veille du scrutin de 1988, or il avait été réélu. Sa cote est en hausse depuis son entrée en campagne, il est quasi assuré d’être au second tour. Il faut lui reconnaître qu’il a beaucoup plus habilement géré ses affaires (Woerth-Bettencourt, Karachi, etc.) qu’un VGE en 1981 (Irlandais de Vincennes, diamants de Bokassa, exécution de Mesrine…). Il a un handicap certain : au second tour, il a de toutes les chances de se retrouver battu par Hollande.

Hollande est le favori, battant quasi à coup sûr le leader UMP à ce second tour. Il se trouve à une place sondagière comparable à celle d’une Ségolène, d’un Jospin, d’un Balladur ; et ce depuis des mois, comme pour eux. Or tous ont été battus. La dynamique hollandiste parviendra-t-elle à renverser cette tendance fatale ? La dynamique du Corrézien d’adoption est en panne : il baisse, certainement plus que ce que veulent bien en laisser entrevoir – après « corrections » des données brutes – les instituts de la mesure d’opinion. Jusqu’où aura-t-il décliné au soir du 22 avril ? question cruciale… Pourquoi son électorat s’effrite ainsi inexorablement ? sauf à être fervent social-démocrate – maladie fort peu répandue -, il est patent que le nouveau François n’a aucun programme (« donner du sens à la rigueur » !), rien à offrir d’autre aux Français que son cul au Château… c’est peu pour galvaniser la gauche ! Comble de malchance, il a un handicap terrible, le calendrier scolaire : le boboland parisien, qui est le terroir privilégié du PS, sera en plein milieu de vacances et pourrait bien, en villégiature, s’abstenir, confiant qu’il est, dans son égotisme, qu’il pourra voter pour son gourou quinze jours plus tard. Autre épine dans le pied, Hollande souffre en outre d’une actualité où un débile toulousain a joué les Mad Max en butant Rabbie Jacob. L’affaire du jeune musulman franco-algérien joue en faveur de deux candidats : Marine et le Nicolas de Guéant. Et elle joue contre les bénis-oui-oui de l’immigrationisme : Mélenchon, et surtout Hollande.

Mélenchon a non seulement fait une campagne brillante, mais, contrairement aux trois précédents, il présente un programme politique alternatif quand Bayrou-Sarko-Hollande proposent à l’unisson de continuer dans la même direction sans rien infléchir de significatif. Les buts de son engagement étaient (et sont encore) d’infléchir, sur la gauche plutôt que vers le centre-droit, la politique du futur président Hollande. Ses buts sont aussi de contrer le FN en allant, sur son terrain, lui reprendre de l’électorat ouvrier qui a abandonné le PS depuis longtemps. (Apport décisif dans une France où le rapport droite-gauche est nettement en faveur de la droite.) Son Front de Gauche est parvenu à ouvrir des brèches, sans jamais pourtant affaiblir le potentiel électoral de l’autre Front : il a plutôt pris chez les écologistes orphelins de candidat crédible et les déçus du socialisme de l’institution de Solférino, voire dans l’abstention. Pour lui et son mouvement, la dynamique est fortement en hausse ; cette radicalité pourrait bien l’amener à détourner de Hollande des électeurs qui ne se reconnaissent pas dans le discours creux du « Capitaine de pédalo ». Pour autant, il semble exclus qu’il puisse, comme il l’avait souhaité en tout début de campagne, prendre la place de Hollande au second tour. Mais il pourrait bien largement rogner la capital de voix de son ex-camarade du PS…

Marine Le Pen est la meilleure chance – quasi la seule – pour Sarkozy de ne pas déménager. Il le sait. Et elle le sait. Les sondages ne révèlent rien de ses suffrages potentiels : on ne sait rien de la cuisine concoctée par les instituts qui reconnaissent d’ailleurs que l’électorat frontiste est difficile à quantifier. Il semble évident que c’est elle le « troisième homme ». Sa campagne est brillante, et elle a aussi, comme Mélenchon, ce programme politique qui manque cruellement à la gauche institutionnelle. Quant à ce programme économique qu’elle défend, c’est – pour ceux qui ne s’arrêtent pas aux passions – quasi le même que celui du Front d’en face. Quant à ce Toulousain, elle ne peut que le remercier d’avoir paradoxalement voulu lui donner inespérément raison quant à sa mise à l’index d’un certain islam. Ses intentions de vote stagneraient pourtant à une quinzaine de pourcents… doit-on y croire quand rien ne vient justifier ce phénomène ? Si Mélenchon grignote trop de voix à Hollande, ce pourrait bien être elle qui affrontera le Sarko au second tour.

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