22 avril 2012

Les jeux sont faits : on n’a plus qu’à attendre le deuxième tour Hollande-Sarkozy et la brillante élection du premier comme vizir à la place du vizir en place. Dimanche prochain, le résultat prévisible est de 26% pour le président sortant, 27 pour son challenger du PS, 16 pour la candidate du Front National, 14 pour celui du front opposé – de Gauche -, 10 pour Bayrou, 3 pour Éva Joly, pas plus de un pourcent pour chacun des cinq autres concurrents. Si l’on en croit les sondages. Or, la marge d’erreur de ces sondages est bien connue : 3% ; ce qui pourrait amener Sarkozy devant Hollande, Bayrou devant Mélenchon, ou ce dernier devant Marine Le Pen. Pourtant… On a bien du mal à comprendre ces scores !

J’ai vu les meetings parisiens d’aujourd’hui des deux favoris. Sarkozy domine. Le candidat de la vérité (sic) ment – il n’appliquera pas le programme d’inspiration gaulliste qu’il promet (les électeurs de MLP le savent) -, mais il le fait avec un remarquable talent. Il est parvenu à réunir 100 000 personnes place de la Concorde, servant un discours brillant (ça sent le Gaino ?), en appelant avec obstination à « la France » (et désignant son adversaire – « les extrêmes »), « les Français », nos valeurs, notre histoire, nos grands hommes, et même la « civilisation » qui est la nôtre. Y a répondu une ferveur populaire des gens de toutes origines et de toutes classes sociales galvanisés par le leader de la droite. Il était sûr de lui, beau et glorieux, appelant ces électeurs à se rassembler pour sa réélection… le 6 mai ! Traduction : le 22 avril n’est qu’une formalité.

Le meeting d’Hollande était moins fourni : 60 000 militants ? Mais c’est le bois de Vincennes, excentré de la capitale, qui avait été élu par le parti socialiste pour ce rassemblement, dans le vent froid qui s’invitait dans les micros (aurait-on été contraint de les pousser trop ?). Le public était plus clairsemé, parsemé de « pipoles » de gauche – Cali, Higelin, Bedos père, Laure Adler… -, plus âgé aussi, et moins populaire – « bobo ». Le tribun n’a pas réitéré ses grands accents du discours du Bourget il y a trois mois, et ses promesses électorales ne sont guère enthousiasmantes (sauf celles auxquelles personne ne croit : retraite à 60 ans, surimposition des plus riches, séparation des banques de dépôt et d’affaires…). L’assistance n’a, en réponse, pas manifesté la même ferveur qu’alors, les caméras en ont même surpris plus d’un inattentif, ou affichant un sourire de commande dès qu’il avait senti être filmé. (À la Concorde, le comédien était sur scène, au Château de Vincennes, les comédiens étaient dans le public !) Et puis Hollande a paru épuisé, sa voix – dont je m’étais déjà dit en janvier qu’elle ne tiendrait pas – est éraillée, affaiblie, semblant faire souffrir l’orateur un peu grossi (la cortisone ? – c’est la médecine que prescrivent les ORL aux chanteurs aphones devant assurer un concert…). Hollande en a appelé à voter pour lui… dès dimanche prochain !

Sarkozy a peu fait campagne, mais il l’a fait de façon magistrale. La campagne de « bruit et de fureur » de Mélenchon a été l’évènement politique de ce printemps. Pour la candidate du Front National, elle n’a pas cessé de prouver sa légitimité et sa force de conviction. Frédéric Poutou et l’autre Nicolas, Dupont-Aignan, à l’échelle plus modeste que leurs moyens leur permettaient, ont eux aussi secoué l’électorat français. Hollande, faute d’idées neuves (son programme se résumant en fin de compte à virer Sarkozy), fatigué trop tôt, après un départ fabuleux, s’est effondré dans la course.

Mais les sondages nous assurent, à 3% près de « marge d’erreur », que ce que l’on peut constater de visu ne se traduira pas dans les urnes. Mais… Si l’on revient sur les premiers tours des présidentielles antérieures, les erreurs des instituts de sondage donnent des chiffres autres que ces « 3% ». En 2007, les CSA se trompe en attribuant 4% de trop à Jean-Marie Le Pen et 4,5% en moins à Sarkozy, mais l’IFOP (pourtant premier alors en « taux de précision ») oublie plus de 5% à Ségolème Royal. En 2002, 4% – fatidiques pour Jospin ! – avaient manqué aux estimations de Le Pen, mais il y avait aussi 4% comptabilisés en trop à Jacques Chirac, 4% encore qui manquait au même, cette fois en 1995. Ne remontons pas à 1974 – temps où la base sondée était pourtant généralement bien plus large -, les erreurs ont été alors jusqu’à 9% entre sondages et résultats ! En ce mois d’avril, on déjà a une différence de 4% entre l’estimation de Mélenchon par le CSA et celle de BVA… Rien d’étonnant à cela puisque le « taux de précision » des instituts de sondages le meilleur en 2007 n’avait pas été de 97% (-3%) mais 83%… En revenant aujourd’hui, si l’on fait une projection d’une semaine, on a un Sarkozy entre 20 et 29% selon les différents instituts, Hollande entre 25 et 32%, MLP entre 15 et 17%, Bayrou entre 8 et 12%, JLM entre 12 et 18%… En ne s’en tenant qu’aux 4 à 5% couramment constatés, on pourrait presque avoir Marine ou Jean-Luc au deuxième tour ! voire même le Béarnais.

Légitimé par l’impéritie des professionnels, je peux donc me risquer à donner mes pronostics. Sarkozy fera au moins 28% : il n’y a pas de raison qu’il fasse moins que Giscard en avril 1981 alors qu’il n’a pas, contrairement à son ex-camarade politique de l’UDF, d’adversaire à droite (c’était alors Chirac) face à lui. Trois candidats arriveront seconds avec dans les 20% (à 3% près !) chacun : François Hollande, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon. Au vu de leurs campagnes respectives et de l’actualité nationale (drame de Toulouse notamment), Marine pourrait devancer Mélenchon et Hollande qui se seraient partagé quasi à égalité les voix de gauche. Bayrou se contenterait quant à lui d’un 10%. NDA pourrait frôler les 5%. Le candidat charismatique du NPA le suivant de près. Pour ce qui est de la Norvégienne des Verts, elle ne devrait pas dépasser le score de Dominique Voynet.

Enfin saluons d’un ban d’honneur tous nos présidents élus par les sondages dans le passé : Balladur, Jospin, Delors, Royal, DSK !

http://www.3cetudes.com/news/Comparatif%20des%20resultats%20et%20classement%20des%20instituts%20au%20premier%20tour.pdf

http://tempsreel.nouvelobs.com/sondage-presidentielle-2012/20120207.OBS0739/infographie-le-comparateur-des-sondages-de-la-presidentielle.html

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Un commentaire pour 22 avril 2012

  1. adelannoy dit :

    je rajoute : « Lors de notre entretien, François Hollande a du prendre des pastilles pour la gorge à cause de sa voix mise à rude épreuve lors des meeting… »
    Steven Erlanger, chef du bureau parisien du NY Times.
    dimanche 15 avril 2012

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