Comment Sarkozy a perdu

Il était arrivé à l’issue du premier tour avec un total des voix de droite fort ; la gauche, tout compris, n’atteignait que 44% (51% en 1981 !). Avec face à lui un challenger fatigué, quasi aphone, n’ayant aucune alternative à proposer, qui n’inspire – comme lui-même – aucune confiance aux Français. Un Hollande perpétuellement à botter en touche, coincé et terne, qui, de peur de mécontenter ici ou là (aussi parce qu’il n’a pas de programme), se contente de promettre qu’il éjectera le Sarko de son château. L’antisarkozisme : le néant politique !

Je viens de regarder le discours d’hier du président sortant (et bientôt sorti) à Dijon. Très bon discours, auquel répond une ferveur enthousiaste de ses fans. Beaucoup de talent, des mensonges bien enrobés (il y en a trop pour les énumérer), un charisme et une force dans le ton qui manquent au candidat du PS. Plein de bonnes accroches, de piques assassines qui marquent, d’analyses qui font mouche. Mise en cause de certains syndicats (CGT, SM), c’est très bien : ça plaira à l’électorat de droite. Condamnation du journal l’Humanité : très bien aussi, et pour la même raison. Critique acerbe des journalistes et de la pensée unique (sic) qui sont quasi tous de gauche (voir le papier de Robert Ménard) : toujours bien. Mots durs contre Éva Joly et Mélenchon : bien encore puisqu’il n’a aucune voix à espérer de ces côtés-là. Même son vœu de parler aux Français marinistes n’est pas négatif : le PS adopte quasi la même attitude. Certes il consacre trop de temps à vouloir les convaincre qu’il est celui qui portera leurs aspirations : il ne verra pas jamais plus de la moitié de ces voix frontistes le rejoindre au second tour, d’autant que Mme Le Pen va le tacler avec véhémence et cohérence le 1er mai en appelant à voter blanc – laisser élire Hollande lui ouvre plus favorablement l’horizon 2017 que la reconduite de Sarkozy à l’Élysée.

Oui mais voilà ! Pas un mot pour Bayrou et ses 9% ! Pas un mot pour séduire ceux qui ont voté pour le candidat du centre… du centre-droit, celui de l’ancienne UDF de Giscard. J’étais persuadé que Sarkozy réinvestirait la présidence car j’imaginais qu’il aurait compris que le second tour se passera « au centre », que c’est là qu’est le potentiel de voix qu’il faut pour gagner. Or, non seulement il ne fait rien dans ce sens, pire, il ignore ces 3 275 122 voix de sa famille politique ! Et il laisse le champ libre à la « couille molle » « Fraise des bois » pour en récupérer plus que de raison ; le mépris qu’il affecte ainsi pour ces gens les jette dans les bras d’un Hollande qui aurait été bien ennuyé de leur faire la cour sans perdre autant sur sa gauche. Pour Sarkozy, offrir à Bayrou un ministère d’État – qui n’aurait pu qu’accepter ce cadeau au regard de son relatif échec du 22 avril – lui ralliait les suffrages centristes, ce sans rien lui faire perdre du côté lepenniste anticommuniste. Mais peut-être – il le caricature en ce sens – s’imagine-t-il, à l’instar de moultes commentateurs, que les électeurs de Le Pen sont tous de fieffés racistes exclusivement obsédés par l’immigration ? et que le tournant social et même socialiste (réellement socialiste, rien à voir avec Hollande) qu’a pris le FN depuis plusieurs années n’est pas pour beaucoup dans le succès de Marine ? Sinon, c’est qu’il a délibérément choisi de perdre pour jouer tranquille au papa de Giulia ! laissant la place libre à Copé pour sa succession…

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