Mélenchon à la moulinette

Les mélenchonnistes m’insupportent, ce d’autant plus que j’avais une grande sympathie pour le camp qu’ils ont représenté. J’ai été un des premiers à espérer du Jean-Luc, et ce avant même qu’il ne quitte le Parti Socialiste. Je me suis intéressé à ce personnage dès 2005, partageant son point de vue contre le traité Giscard que le peuple a refusé et que Hollande soutient avec constance. J’ai admiré ses prises de position et sa campagne – bien que j’ai su dès le départ qu’il n’avait pas la carrure d’un présidentiable (ce qui ne l’a d’ailleurs jamais intéressé : il en a été honnête au point d’appeler à une VIe République pour se débarrasser du pouvoir au cas improbable où il aurait été élu).

C’est il y a quelques années que s’est cristallisée, autour du concept d’un « non de gauche », une opposition à la vison européolâtre promue par le PSE et son bras armé français, le PS. Cela n’avait pas abouti en 2007, sauf à la candidature décevante d’un José Bové (qui a depuis trahi pour des notabilités euro-vertes). J’ai, dès cette campagne contre le camp Sarkollande uni en 2004-2005, pu constater que cette conception, d’un « non de gauche » qui serait social tandis que celui « de droite » serait « souverainiste », était fausse. Il n’y a jamais eu la différence que l’on a voulu y mettre entre les villiéristes et lepennistes d’un côté, les nonnistes « de gauche » de l’autre. Les arguments étaient quasi les mêmes du Front National au Parti Communiste contre le Traité Constitutionnel Européen.

Absence de démocratie manifeste organisée au sommet de l’UE, dictature des marchés financiers par une banque centrale indépendante, ces thèmes étaient ceux qui ont convaincu les Français qui auront lu alors les propagandes du FN comme d’Attac qui les développaient (et s’inspiraient les uns des autres). L’opposition au TCE, devenu Traité de Lisbonne, n’est pas fractionnable entre fascistes et bolchéviques, il y a une unité transcendante de ce camp – dans lequel je me reconnais – contre l’UMPS et leurs boutiques (vertes et centristes). Il y a d’un côté Hollande, Sarkozy, Strauss-Kahn, Cohn-Bendit, Joly, Bayrou… et leurs média ; de l’autre Mélenchon, le PCF, le FN, Attac, le NPA, Dupont-Aignan… sans média. Toute autre présentation est une distorsion oiseuse des réalités sociologiques comme idéologiques.

Mélenchon et son Front de Gauche ont développé pendant cette campagne du premier tour la thématique « nonniste » de critique radicale des conséquences de la dictature de Bruxelles. Ils ont à ce point rejoint les idées frontistes d’en-face que leur candidat, en débat télévisuel avec Marine Le Pen, a attaqué celle-ci sur… l’avortement ! sujet sociétal s’il en faut. Et, quoiqu’elle ait habilement repoussé la confrontation (la convergence des deux fronts sur les grandes questions aurait été trop visible), le leader charismatique du Front de Gauche s’est contenté de tenter de faire passer la fille Le Pen pour une anti-féministe ! Ce car il savait ne pas pouvoir montrer d’opposition dans les conceptions économiques et sociales, puisqu’ils les partagent à 90%. Enfin parce qu’il avait aussi compris que le sujet immigrationniste, seul vrai thème d’achoppement, ne pouvait que lui faire perdre des voix tant l’internationalisme qu’il appelle de ses vœux n’est pas en cohérence avec son antimondialisme.

Or, le revirement d’un Mélenchon, qui se donnait comme objectif respectable de prendre la place de Hollande au deuxième tour, pour aujourd’hui se déculotter en sa faveur en invitant ses électeurs à faire de même, cela me dégoûte. C’est, comme son ancêtre Bové, une ignoble trahison des espérances qu’il a pu porter et auxquelles il a pu nous faire croire à laquelle s’abaisse sans scrupule le Méluche. C’est honteux ! Le pire étant que c’est une manœuvre nuisible au front qu’il représente : Hollande élu, la vague rose qui s’ensuivra pour le PS sera fatale au Front de Gauche, il se verra décomposé aux Législatives quand les élus PC retrouveront leurs vieilles habitudes et se ré-acoquineront avec leurs atèles du PS sans lesquels le PCF aurait depuis longtemps la visibilité d’un NPA. L’élection de Hollande, c’est inéluctablement la disparition de Mélenchon et du Front de Gauche de l’échiquier politique. Sans appeler – ce qui est l’intérêt des idées qu’il portait – à voter Sarko, pour être fidèle à ses engagements, il se devait d’appeler à s’abstenir, ou ne donner aucune consigne de vote, a minima négocier de nombreuses circonscriptions avec le PS (l’aurait-il fait en catimini ? j’en doute).

Reste à savoir à quel point M. Mélenchon peut être conscient de ce suicide politique ? (Étant entendu qu’il n’a de toute évidence, et ce quelle que soit sa sincérité, jamais eu la moindre ambition présidentielle.) Or il est trop intelligent pour suspecter qu’il n’ait pas compris les enjeux. Son jeu n’aura donc été que de fédérer le « non de gauche » (qui n’a jamais existé) contre le Front National, ce pour récupérer ces voix « de gauche » eurosceptiques au bénéfice de son ancien camarade présidentiable, le nouveau François qui viendra prendre la place de l’autre François européolâtre qu’il avait fidèlement servi jusqu’à sa mort. Mélenchon, probablement inspiré par sa franc-maçonnerie urticairement anti-lepenniste, a par ailleurs démontré l’échec de cette voie « de gauche » critique de la construction européenne : avec une campagne qui ne pouvait pas être plus brillante, elle ne réunit pas 15% des suffrages, quand le camp dit souverainiste approche les 20% et peut légitimement espérer mieux pour bientôt. Sa tentative louable de dépasser Marine Le Pen est un échec définitif, les classes populaires n’ont pas été séduites par Jean-Luc, elles l’ont boudé et le bouderont comme elles bouderont tous ceux qui prendront sa suite et celle du moustachu de Millau. En condamnant, par son soutien inconditionnel à Hollande, tout avenir du mouvement qu’il a fugitivement construit, il est navrant qu’il soit celui qui promeuve la concentration autour d’un front « de droite » de l’alternative à l’Europe des marchés.

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