Jactali nous fait sa crise !

J’ai lu « La crise, et après ? » de Jacques Attali. Il y a meilleures lectures… Ce bouquin, qui se veut de vulgarisation, est paru en 2008, juste après les débuts médiatiques de « La crise » financiaro-économique. Pas grand chose à dire de la première partie qui développe des analyses entendues quant aux causes de la catastrophe. On n’y reviendra pas.

 

Plus révélatrices sont, chez le bilderberger Attali, les recettes pour éviter le retour de telle déroute banquière. D’abord les responsables qu’il désigne en fin de compte, rejoignant un certain consensus populiste, les traders. C’est-à-dire que, jetant l’opprobre sur ces acteurs secondaires, il amnistie le système néolibéral mondialiste qui se retrouve dédouané de toute responsabilité… et même victime de ces si méchants personnages ! Les agences de notation sont aussi mises à l’index par notre bonhomme, agent du pouvoir depuis 1981 sans discontinuer – si ce n’est la parenthèse des deux mandats Chirac.

Les traders ne sont certes pas des saints. D’abord ce sont des gens qui peuvent amasser des fortunes personnelles sans aucun travail productif, j’agrée. Mais qu’est-ce qu’un trader ? C’est avant tout un employé de puissances financières qui a en charge, dans un système dont il a été exclus de l’élaboration, de faire fructifier, par tous les moyens légaux possibles, les placements qu’on lui a confié. Il est payé, souvent commissionné en fonction de ses résultats, pour faire fructifier au maximum un portefeuille dont il n’est pas propriétaire en un temps minimum. Condamner le trader d’avoir bien fait son travail jusqu’à faire exploser le système financier, c’est comme si, à Nuremberg – loi de Murphy oblige ! -, on avait jugé et condamné les soldats de la Wehrmacht pour avoir exécuté les ordres plutôt que ceux qui les avaient donné…

 

Et ces terribles agences de notation ? Pourquoi existent ces étranges instituts ? Ce que nous élude Jactali, c’est quelles sont devenues nécessaires quand la finance s’est engagée dans une course après elle-même où les spéculateurs, débordés par les masses de produits financiers sur les marchés, ont abandonné à ces média entre l’économie et eux le soin d’évaluer la valeur de ces produits. Les agences de notation ne sont guère plus qu’un argus du mobilier. Un argus qui se charge de d’éditer les cours raisonnables d’un bien en fonction de ce qui semble concret… et de l’appétit des marchés pour ce bien. L’argus de l’automobile peut bien donner un bon prix à une voiture pourrie si les acquéreurs lui trouvent des qualités qu’elle n’a pas ! Attendre de ces agences autre chose qu’une moyenne représentative de la quotte constatée, c’est utopique ; d’ailleurs elles sont plutôt suiveuses des tendances que causes de celles-ci. En défense de ces agences, on peut même aller jusqu’à affirmer que, et même si cela peut paraître paradoxal, si les marchés n’avaient suivi que les bonnes notes qu’elles donnaient aux subprimes, il n’y aurait jamais eu de crise des subprimes, et les marchés ne se seraient pas non plus effondrés !

 

Il faut que n’existe plus de telles institutions, car elles noient les réalités économiques dans un virtuel trop subjectif (qui plus est, ce sont les vendeurs qui paient pour qu’on les note : quel moyen plus sûr que le juge sera généreux !). Mais… Mais Jactali propose au contraire de créer nouvelle une agence, européenne (bien sûr !) celle-là, pour concurrencer celles d’outre-Atlantique ! Il feint d’ignorer qu’il n’y a pas que les trois célèbres américaines (il y a notamment une agence de notation chinoise, ou bien celle que préside Nicole Notat). On peut toujours créer des tas d’agences ! la seule chose qui vaille, c’est la confiance que les investisseurs accordent à ces agences, le reste est blabla. Mais ces mêmes stupidités sont ressassées partout par des genres de Lapix ou FOG aussi ignares que prétentieux en économie…

 

Et puis, il y a la solution finale du micro-financier (non qu’il ne soit si petit, mais qu’il s’occupe lucrativement à faire que les plus pauvres se retrouvent eux aussi avec un compte en banque – vide – et, par principe égalitaire, eux aussi endettés, esclaves de leurs débiteurs), cette solution attalienne est mondialiste… on s’en serait douté ! Hormis quelques corrections périphériques après restauration des économies malades, et malgré les insincères imprécations du début de son récit, la seule chose à changer au système, c’est de le globaliser encore plus. Il s’agit – outre la création d’« un prêteur européen de dernier ressort qui ne soit ni la BCE, ni les gouvernements nationaux, ni la BEI, mais une entité nouvelle ayant pour mission de garantir les institutions financières européennes en difficulté, si elles sont viables, et disposant de la possibilité de participer à leur capital et de leur fournir de la dette subordonnée », c’est-à-dire le MES qui exclut de facto les budgets des États de toute ingérence démocratique -, de mettre la finance sous la tutelle bienveillante d’une administration internationale issue du si aimable FMI qui, tel Attila, fait que rien ne repousse là où il est passé. La morale attalienne est claire : si la mondialisation ne fonctionne pas bien, c’est que l’on n’est pas allé assez loin dans la mondialisation ! Or c’est ce Jactali que l’on reçoit et écoute partout, c’est lui qui inspirait Sarkozy… et inspire maintenant le président du « changement » !

 

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