Législatives par ci, législatives par là…

Les élections législatives se devraient d’être les élections les plus politiques de France. En contrepoint des présidentielles, qui se doivent d’élire un homme qui rassemble tous les Français, les législatives sont complémentairement chargées de représenter la diversité du pays. Elles ne le font pas, ou plutôt, elles ne le font plus.

Héritière, par de multiples détours, des Conventions révolutionnaires, l’assemblée réunissait des députés qui étaient mandatés pour représenter leurs terroirs à la capitale ; on avait même découpé la France en départements dont le principe était que la préfecture ne devait pas être à plus d’une journée de cheval (le média le plus rapide de l’époque) de la préfecture – aujourd’hui, Nice est à moins de six heures de Paris en TGV, quasi instantanément par le téléphone ou grâce aux médias audiovisuels. L’idée qui avait légitimé ce choix, c’était que les électeurs seraient mieux à même de choisir les meilleurs de leurs représentants parmi ceux qui leur étaient proches.

Mais très vite sont nés à l’assemblée citoyenne des clans politiques plutôt que régionaux : la « droite » et la « gauche » ont supplanté les ancrages géographiques. La droite « conservatrice » s’oppose depuis longtemps à une gauche « progressiste » dans l’amphithéâtre du Palais Bourbon, et l’élection des députés n’a plus aucune actualité locale : les disciplines de parti décident des engagements des députés sur une unique logique nationale, voire internationale, à de rares exceptions près.

 D’ailleurs, les députés ne représentent même plus les couleurs politiques hexagonales tant les découpages des circonscriptions sont a-signifiants. Les agglomérats de départements colorés pour telle ou telle coterie donnent encore l’illusion d’une homogénéité démentie si l’on oublie les découpages administratifs en grandes entités : il n’y a pas, par exemple pour le second tour du 6 mai, une France bleue qui irait de l’Alsace à la Vendée, tandis que tout  le reste serait rose hormis la Provence. La réalité est toute autre : toutes les villes et les zones densément peuplées sont fortement à gauche (à l’exception de la vallée du Rhin et de la Côte d’Azur), les campagnes sont plus à droite**. Le résultat du référendum de 2005 avait, à ce titre, été significatif : les ruraux l’avaient emporté sur les citadins ; Hollande en 2012, c’en est une revanche.

Ces législatives, qui (sauf pour les grandes villes) accolent chaque circonscription à une ville, ne donneront en aucun cas une assemblée représentative de quoi que ce soit. Quand on y ajoute l’intérêt exclusivement partisan que manifesteront les heureux élus à Paris, on s’enfonce encore davantage dans le déni démocratique. D’autant plus que, loin d’être des élections pour des programmes politiques nationaux, les suffrages se portent en fin de compte vers les notables dont le mandat local est apprécié, de quelque bord soit-il.

Cela permet certes des soirées électorales où l’on s’amuse qu’une vedette nationale soit battue – un Peillon par ici, un Juppé par là – par un second couteau du parti d’en face ; mais cela n’enrichit pas le débat quand des candidats qui, nationalement, ont été choisis par des millions de voix, sont évincés : Marine Le Pen et Mélenchon seront probablement battus par un inconnu du PS (mais ils ont leurs mandats à Bruxelles où ils sont d’affables collègues), Bayrou, le « 3ème homme » de 2007, leader d’une formation conséquente, pourrait de même ne pas voir son mandat national renouvelé. C’est grotesque.

Si « l’histoire est écrite par les vainqueurs », il en est de même pour le découpage des circonscriptions. C’est donc eux qui dessinent à leur avantage la France pour leur profit. Ces vainqueurs sont la droite et la gauche depuis des décennies, c’est-à-dire toujours les mêmes : le PS et ses ancêtres SFIO et Radicaux, l’UMP et ses ancêtres RPR et UDF ; les autres – Verts, Parti de Gauche, MoDem – n’ont qu’à s’inféoder aux poids lourds qui ont réunis autour de Sarkollande 43,5% des suffrages au premier tour du 22 avril dernier (20 millions de voix sur sur 46 d’inscrits*). Sinon, cuisine électorale oblige, quelques soient les millions de Français qui se retrouvent dans les idées d’une formation, elle n’aura pas de groupe parlementaire, voire même pas d’élu.

Hollande aura-t-il sa majorité pour appliquer le programme (qu’il n’a pas) au soir du 2ème tour de juin ? Les sondages nationaux ne peuvent même pas en donner un indice : l’électeur ne votera pas plus pour Hollande qu’il ne votera contre Sarkozy, on donnera au contraire son suffrage à l’élu local à qui on accordera le plus de confiance. Mais tout cela n’a guère d’importance : rappelons que le nouveau président n’a jamais eu l’intention d’embaucher 60 000 profs ni de ramener la retraite à 60 ans ! encore moins de faire une tranche d’impôt à 75%.

* http://elections.interieur.gouv.fr/PR2012/FE.html

** http://www.franceculture.fr/personne-etienne-goetz

Publicités
Cet article a été publié dans Uncategorized. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Législatives par ci, législatives par là…

  1. Ping : Redistribution des cartes – PG, Verts, MoDem… | Adelannoy's Blog

  2. Ping : Immigrés et classes populaires | Adelannoy's Blog

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s