Europe : à qui le tour ?

Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt !

La faune médiatique a bien donné la leçon quant à ce qu’il fallait comprendre de la crise dite de l’euro : des pays ont été inconséquents dans leurs dépenses, mettant en danger toute la prometteuse construction européenne. Ainsi les Grecs : truqueurs de bilan (avec la complicité de Goldman Sachs… à qui l’on confie pourtant les rênes du pays)… comme tous les autres ; rechignant à payer leurs impôts… comme tout le monde ! On leur reproche de s’être irresponsablement endettés sur les marchés en profitant de la créance accordée à la monnaie européenne. Alors il a fallu aux Hellènes vendre leurs services publics et saigner la population, maintenant il lui faudrait essorer son Église

Le même scénario, avec des variantes dans les présentations, a été imposé en Espagne, au Portugal, en Irlande. La fin est la même : paupérisation (restriction des dépenses publiques, baisse des aides sociales et des pensions, licenciements de fonctionnaires ou baisse de leurs salaires, augmentation des prélèvements par les impôts directs ou indirects, baisse du niveau de vie moyen, régression sociale, récession, chômage…) et… privatisations ! C’est-à-dire toujours le même scénario qui – depuis le Chili en 1973 jusqu’à l’Irak en 2003 – a consisté à « libéraliser » l’économie d’un pays en appauvrissant son peuple. Il y a une continuité historique que, de la « gauche de la gauche » (socialistes genre Die Linke, Syriza, Front de Gauche…) à la droite, chacun s’évertue à s’obstiner à ne pas vouloir voir.

Ah ces vilains Grecs ! Est-il anormal d’accepter un crédit quand le prêteur vous fait toute confiance quant à son remboursement ? eh bien non. Est-il anormal de profiter d’une conjoncture favorable pour investir ? c’est le contraire qui serait anormal. Et surtout, est-ce une subite incapacité comptable qui a causé la crise grecque ? non : c’est une attaque spéculative contre la dette de la Grèce (notamment par CDS interposés), attaque en règle menée de concert par des fonds d’investissement internationaux (Soros – qui avait déjà mis la livre anglaise à genoux -, JP Morgan, etc.). Et pourquoi ont-ils donc ainsi attaqué la Grèce qui ne leur avait rien fait ? tout simplement pour racheter les entreprises publiques qu’elle est contrainte de vendre pour tenter de restaurer ses finances. Toute cette opération n’aurait pas été possible sans la complicité active du FMI, de l’Europe-Unie et de sa banque centrale, enfin des gouvernements européens et de quasi toutes ses classes politiques de droite (PPE-UMP, ADLE-MoDem), de gauche (PSE-PS) et verte.

L‘issue des prochaines législatives grecques est incertaine : le parti de la gauche radicale pourrait l’emporter, et, dans ce cas, le programme d’extorsion de fonds mené de main de maître par la Troïka pourrait être interrompu. Or Syriza, bien que refusant le plan d’austérité des vampires, ne compte pas quitter l’euro. Cela semble a priori incohérent, pourtant c’est possible : s’il est faisable pour un pays de quitter la monnaie européenne – comme y invitent raisonnablement Nicolas Dupont-Aignan, Jacques Sapir, Frédéric Lordon et le M’PEP -, il n’est pas possible pour l’UE bruxelloise d’éjecter un pays de sa zone monétaire. Mais la dette grecque pèserait alors lourdement sur la confiance des marchés : tous les États européens seraient en difficulté pour emprunter et verraient leurs spreads et les taux de leurs CDS s’envoler – et peu importe alors que l’on ait recours à des eurobonds ou autres pansements cosmétiques.

Il ne resterait plus à l’Allemagne qu’à quitter l’euro… ou bien… Ou bien aux « boches » – que l’on nous appris à considérer comme les gêneurs de la bonne entente européenne – à prendre à leur tour le rôle de victimes du bulldozer néolibéral. Merkel y perdrait son siège, mais il n’irait pas bien loin : le SPD, eurolibéralement compatible, en hériterait. Viendrait alors aux Allemands l’heure de connaître des plans drastiques contre leurs services publics et les retraites (en partie par capitalisation, donc soumises aux cours de la bourse et aux taux de change). L’avantage de cette solution : l’Allemagne est un pays à la population vieillissante, or – comme l’ont montré les révolutions arabes – les personnes âgées ont perdu vigueur et cœur pour la rébellion ! L’autre avantage pour les prédateurs financiers internationaux, c’est qu’il y a beaucoup plus à prendre en Allemagne qu’en Grèce, et que sa mise-à-sac promet des accaparations de richesse gigantesques.

Le doigt se nomme Église orthodoxe, endettement des États, bulle immobilière, administration publique, fraude fiscale… ; la lune se nomme mondialisation financière, Stratégie du choc, néolibéralisme, école de Chicago.

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