Redistribution des cartes – PG, Verts, MoDem…

 

Hormis pour les commentateurs médiatiques dont les sensibilités politiques sont toutes convergentes, le scrutin d’hier est révélateur de profonds changements dans la configuration partisane française. Au-delà de la perpétuation de la domination attendue de l’UMPS – à l’intérieur de laquelle le clan leader va changer grâce aux triangulaires avec le FN qui vont laminer l’UMP et décerner une imposante majorité au PS sans légitimité populaire (les votes UMP ne s’effondrent pas plus que ceux des roses n’explosent : ils sont à égalité) -, plus loin que cette alternance accessoire chez les bleus (cf Michéa) qui prend l’assemblée à la droite pour la donner à la gauche, d’autres enseignements sont révélés par le scrutin.

 

On s’émeut beaucoup quant à savoir si le MoDem aura, faute d’avoir un groupe parlementaire, des élus. On devrait d’abord remarquer qu’il n’a plus d’électeurs – moins de 500 000 voix (1,76% des suffrages exprimés), c’est moins que NDA à la présidentielle (644 086 voix)… Bayrou, le 3ème homme de 2007, n’a pas retrouvé derrière ses candidats les suffrages d’il y a un mois quand il était encore le 5ème homme de 2012. Je n’ai jamais compris sa dissolution de l’UDF pour créer Son mouvement démocrate qui devient tellement le sien… qu’il y sera bientôt seul. Plus loin que cette grosse erreur de stratégie politicienne de 2007, alors que Bayrou et son groupe incarnaient encore une alternative raisonnable à la droite d’avant-crise, son discours obstinément européiste est en contraste aujourd’hui avec l’effondrement de la monnaie symbolique du continent étatisé. Le vide conceptuel, déconnecté des réalités économiques, qu’il expose aux Français est sanctionné : exit le MoDem et son talentueux créateur. Il fera un bon sénateur !

 

Autre perdant magnifique, Jean-Luc Mélenchon, et surtout son Front de Gauche. La première claque était venue au premier tour de la présidentielle où il ne recueillait que 11,11% des voix quand l’ambition avait été d’être le représentant de la « gauche » devant le PS, rétrogradée à devancer Marine Le Pen… pour réunir près de trois millions de voix de moins qu’elle. Cette fois-ci, la gifle est magistrale. Le Front de Gauche ne recueille que 6,91 % des suffrages, quasi deux fois moins que le Front National. Cerise sur le gâteau, l’exclusion du 2ème tour du patriarche face à son ennemie préférée à Hénin-Beaumont, avec près de quatre fois moins de voix, ce en région ouvrière où le vote Hollande avait été fort dans le duel avec Sarko ; Méluche risquant même de devenir celui grâce auquel Marine – dont les chances de l’emporter étaient incertaines dans la configuration antérieure – entrerait à l’assemblée…

Or il faut bien donner raison (pour ce qui est du Parti de Gauche au moins) à la passionaria du FN : ce front d’en face – qui se voulait incarner le « non de gauche » (dont je ne crois pas qu’il ait jamais existé) – est une coterie de représentants syndicaux et associatifs auxquels se sont joints de purs bobos (enseignants, artistes, étudiants). Le FdG pourrait ainsi passer de 24 députés à moins de 12 dans la nouvelle mandature. Mais, aux législatives de 2007, le PCF – qui s’était alors présenté seul – avait obtenu 15 élus… qu’il ne retrouvera pas suite à son divorce d’avec la « gauche plurielle » et à son alliance avec le PG. Du coup, le Front mélenchonien risque bien d’éclater, et les communistes de retourner à leurs anciennes amours pour le parti dit socialiste dont la générosité lui permettait au moins de sauvegarder un petit quelque chose des gloires communistes d’antan. Si tel était le cas aux prochaines élections (or ce seront des municipales où il est primordial de garder ses terres), si le PC renoue avec le PS plutôt qu’avec le PG, ce dernier, sans l’immense appareil communiste, ne sera plus qu’une coquille vide.

 

La sauce n’a pas pris : le Front de Gauche est un échec, il ne fait pas plus recette que le MPF ou le MRC en leurs temps ; ces chapelles euro-sceptiques clivantes ne rassemblent pas, ni autour d’un Villiers moraliste, ni autour d’un Chevènement perspicace, ni autour d’un Mélenchon populiste, ni même autour d’un Bové altermondialiste. (Le dernier en lice rejoindra-t-il, comme tous ses prédécesseurs, le cocon des partis dominants ? Reviendra-t-il vers ses ex-camarades Filoche, Emmanuelli, Montebourg, au parti socialiste qu’il a, et qui l’a, si bien servi pendant si longtemps ?) Quoi qu’il en soit, il est temps de mettre fin à l’expérience : les nonnistes de 2005, qu’ils se considèrent « de gauche » ou « de droite », ne se retrouvent pas dans le discours antimondialiste-mais-pas-trop (non au néolibéralisme… tout en conservant l’Europe, l’immigration et les polémiques sociétales) qu’a distillé avec verve, talent et de gros moyens (ceux du PCF), le camarade Mélenchon. Basta ! Le parti qui s’impose dorénavant contre Bruxelles, c’est le FN… ne reste que Dupont-Aignan comme alternative d’avenir.

 

Images ô combien symboliques hier soir : Mélenchon éliminé misérablement dans le Pas-de-Calais, son frère franc-maçon Gilbert Collard (qui n’est pas au FN) en tête d’une triangulaire dans le Gard sous les couleurs bleu-Marine… La vindicte des loges contre le Front National, dont Mélenchon pourrait bien tirer gloire d’avoir été l’ultime soldat, ne pourrait-elle pas s’éteindre ? Avec elle, ce serait la dédiabolisation assurée du FN et la victoire de la ligne mariniste. Non pas à cause d’un tout-puissant lobby secret francmac qui ourdirait dans l’ombre, simplement que les loges réunissent tous les courants de pensée censément respectables ; admettre pour la franc-maçonnerie, qu’il y aurait eu une évolution républicaine entre le FN des seventies (s’y côtoyaient alors notamment, collaborateurs, miliciens, négationnistes, engagés SS et activistes de l’OAS) et celui d’aujourd’hui, quatre décennies plus tard, cette reconnaissance vaudrait pierre philosophale pour la fille Le Pen. Et sonnerait la retraite pour la croisade antifrontiste de Mélenchon.

Enfin, quoi qu’en dise la ministre du logement Cécile Duflot, la déroute – avant le déménagement ? – se confirme pour le premier parti écologiste français. Non seulement EELV est assuré de ne pas avoir de groupe parlementaire, mais le recul, qui se profilait déjà aux derniers scrutins (12,18% en 2010), se confirme. Certes, 5,46%, c’est mieux que les 2,31% en mai de Éva Joly. Mais on est très loin des 16,28% des européennes de 2009. C’est un million et demi de voix (quasi la moitié) perdues pour les Verts. Normal ! La crise a imposé des préoccupations plus immédiates, et donc plus politiques, que l’avenir à long terme de la planète. La sensibilité écologiste s’émoussant à mesure que l’on se trouve relégué dans la précarité, celle-ci envahissant sournoisement la société française, la secte de Dany et ses compères ne séduit plus grand monde. Il semble que le PS ait même anticipé cette désaffection et refilé aux Verts des circonscriptions ingagnables, voire ne se soit pas gêné pour trahir les accords électoraux. Si j’ai disserté longtemps sur la débâcle du FdG, elle est toute relative : les Verts, eux, ne sont plus rien.

 

Il y aura des changements politiques radicaux dans les années à venir. Parmi eux, les parrainages ne devraient plus manquer pour le FN : s’il a toujours autant de mal à s’implanter dans les villes, il est à plus de 25% dans beaucoup de petites communes, il sera peut-être en mesure – mettant à profit la fracture sociale qui ne cesse de s’accentuer à chaque scrutin entre la France citadine et celle des campagnes – de faire une razzia aux prochaines municipales. DLR, très loin derrière, sur une ligne politique assez différente, pourrait être dans la même dynamique. Il est raisonnable de penser que l’entreprise des Verts s’efface peu à peu de France comme elle l’a déjà fait dans d’autres pays d’Europe, ce d’autant plus que la théorie du réchauffisme anthropique est de plus en plus controversée et perd chaque jour des adeptes. Quant à Bayrou, il a été.

 

J’ai oublié les anecdotes ! Ségolène Royal, soutenue devant les caméras par toute l’éléphanterie du parti (qui se satisferaient tous qu’elle ne soit pas élue !), en ballotage face à un dissident PS qui n’a pas voulu s’écarter quand l’ex-« madone des sondages » est tombée de son parachutage rochelais… Dramatique !

 

 

 

 

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