Marions-les ?

 Ces deux hommes du royaume de France étaient au chômage, ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. On aime bien les contes de fée ! Notre nouveau fabuliste est au Château depuis mai, le cru attendu assemblera les homosexuels ensemble en vœux maritaux. Et chacun s’en émeut alentour comme il se doit.

Molière et Beaumarchais nous avaient enseigné que, pour fonder un couple, les intérêts sont moins importants que l’amour (l’Hamour eût dit Montherlant)*. Puisqu’ils s’aiment, marions-les ! Alors, puisque Valère s’unit à Élise, autant que Yves et Pierre, que Caroline et Fiammetta, s’épousassent aussi ! et eurent beaucoup… bon ! là, ça ne va pas être si simple, il faut bien le reconnaître.

Au fait, pendant qu’on en cause, le mariage, c’est quoi au juste ? Il était une fois, le mariage représentait le vœu pour un homme  et une femme de s’unir ensemble pour fonder une famille. Des chiards qui s’occuperaient des vieux jours de leurs géniteurs avant d’en être les héritiers. Mais on a tout faux depuis des siècles ! et c’est ça le modernisme : soudain l’on comprend que nos anciens étaient vraiment des cons, et que tous ceux qui penseraient comme eux en sont tout autant.

Les Ricains nous avaient déjà appris que le mariage consistait seulement à signer un bout de papier qu’on désavouerait un peu plus tard  (les avocats du divorce, c’est pas là pour des prunes !), on sait maintenant que le mariage n’a pas vocation à procréer. (On marie bien ensemble des sexagénaires – le conservateur Louis XIV, avec sa Maintenon, aura-t-il été de ceux qui ont ouvert la voie ?) Le mariage moderne n’est pourtant pas si innovant : si l’amour y a remplacé le vœu, il y reste quand même le fric !

Le fric car, s’il s’agit d’unir deux messieurs ou deux dames, il s’agit aussi d’affaires d’impôts et d’héritage : pourquoi y aurait-il de différence fiscale entre un couple hétéro marié infécond et un couple homo ? Il faut bien donner raison aux invertis en mal d’union légitime, je n’en vois aucune. La question qui se pose en filigrane derrière l’union civique d’homm’oh-comme-ils-disent serait peut-être là…

Est-ce que le mariage consiste juste à manifester à la société un attachement de deux êtres… et de deux fortunes ? ou bien est-ce quelque chose qui vise à porter plus loin la vie vers une régénérescence animalement procréatrice ? On en arrive à l’éternelle opposition entre la Nature et la Culture : la culture gay face à la nature sauvagement hétérosexuelle. Le mariage homosexuel ne nous rejouerait-il pas Platon contre Démocrite ?

Bien sûr que le mariage d’homosexuels impose l’adoption d’enfants par des couples non-traditionnels ; mais, pour s’opposer à cette union non-naturelle, est-il possible de prôner encore que le fondement du mariage n’est que l’Hamour ? Dans la société patriarcale, qui a inventé le mariage – institution étrangère au Meilleur des mondes d’Aldous Huxley comme à la société matriarcale -, dès la Genèse, celui-ci a toujours été lié à l’attente légale d’une descendance. La perversion ne serait alors ici pas tant dans une pratique libidinale a-naturelle que dans le dévoiement d’une institution, éminemment patriarcale, dans une direction qui lui est incompatible !

Est-ce que l’on peut à la fois dénier le patriarcat et lui emprunter sa structure de base pour la détourner à des fins contraires ? Cela a-t-il un sens ? Pour moi, non. Je ne nie pas que des couples homos puissent vivre, à l’imitation des époux classiques, exclusivement ensemble ni même qu’ils puissent élever des enfants ; pour autant, le mariage – dont l’essence même est la reconnaissance que la société est construite sur le postulat patriarcal que le couple n’est pas légitimé par le plaisir ni par l’Hamour -, le mariage ne peut être contracté par des couples homosexuels. Si l’on ne veut plus de société patriarcale, la seule logique qui fait sens, c’est au contraire d’abolir le mariage.

 Mais, à trop s’aventurer dans l’éthique, on en oublie le principal : comment le couple de chômeurs de tous sexes va-t-il remplir la marmite pour nourrir tous ces enfants naturels ou adoptés ? Or le fabuliste de l’Élysée n’apporte guère de réponse à cette question vitale… Les forêts sont encore assez grandes : que les poches des mômes le soient aussi pour les garnir de cailloux comme le fit le Petit Poucet !

Moralité ? qu’il ne faudrait pas encore une fois se faire mettre ni aller se faire voir chez les Grecs !

*  » Le sentimentalisme. – Un homme qui aime vraiment une femme, l’amour qu’il lui donne, c’est une autre sorte d’amour que celui qu’elle demande : elle cherche sans cesse à corrompre l’amour que l’homme lui donne. Ce sont les femmes qui ont fait de l’affection une névrose, et de l’amour-affection – sentiment divin quand il est la tendresse, mêlée ou non de désir – cette risible monstruosité, que nous appellerons l’Hamour, par le même procédé qu’employa Flaubert quand il créa hénaurme : pour en indiquer à la fois la prétention et le ridicule. L’Hamour, c’est l’amour-tel-que-l-entendent-les-femmes : naiserie, jalousie, goût du drame, « Voyons, où en sommes-nous ? », anxiété féminine dont la femme contamine l’homme, besoin d’être aimé en retour, aptitude à se changer en haine, inepte scolastique dont l’objet devient si ténu qu’on arrive à se dire : « Mais enfin, de quoi s’agit-il ? ». Bref, un des plus ignobles produits de l’être humain, mille fois plus impur, plus vulgaire et plus malfaisant que l’acte sexuel dans sa simplicité, et le principal « refuge » de la femme et de l’homme contre la raison et la conscience. L’Hamour, le mal européen, la grande hystérie occidentale. Les anciens Arabes crucifiaient côte à côte leur ennemi tué et le cadavre d’un chien. Si l’Hamour avait une forme humaine, c’est ainsi que je voudrais le crucifier. « 

Henry de Montherlant (extrait de Les lépreuses, 1939)

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10 commentaires pour Marions-les ?

  1. Ping : Aux putes citoyens ! | Adelannoy's Blog

  2. Marion dit :

    J’imagine que c’est Dieu qui t’as envoyé sur Terre pour apporter cette sainte parole. J’adhère dès cette seconde à tes idée, et je vais répandre la bonne nouvelle autours de moi.

    • adelannoy dit :

      Non, je n’ai pas de rapports particuliers avec Dieu ni les dieux… Je me demande des fois s’ils croient en moi ?
      Mais, puisque je t’ai éclairée, fais donc de beaux enfants !

  3. Merci pour cette analyse.
    Cet article, pour compléter le débat, « homoparentalité : quel avenir pour nos enfants ? »

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  8. Aaron dit :

    Très beau poste. Je viens de tombé sur adelannoy.wordpress.com et je voulais dire que j’ai vraiment apprécié la navigation de votre blog . Après tout, je vais être abonnés à votre flux rss et j’espère que vous écrivez à nouveau bientôt! vous souhaite tout le meilleur en 2014 !

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