Immigrés et classes populaires

La lecture du livre de Christophe Guilluy, Fractures françaises (François Bourin éditeur, Paris, 2010) est riche d’enseignements pour tous ceux qui observent avec inquiétude la constitution d’un nouvel ordre mondialiste oligarchique. Ce géographe qui garde espoir en la gauche – il avait écrit comme précédent ouvrage un Plaidoyer pour une gauche populaire – dénonce pourtant tous ses fonds de commerce : angélisme immigrationniste, mesures sociétales, rejet des classes populaires.

Il donne même implicitement raison à Éric Zemmour (dont on comprend combien il le chérit) contre les juges qui l’avaient condamné, et surtout contre ceux qui avaient fabriqué de toutes pièces son « dérapage » chez Ardison face à un moulin à paroles creuses, très jolie femme au demeurant. Il dénonce même la surreprésentation  des violences physiques dans les « quartiers sensibles », reconnaissant que « l’association délinquance/minorités ethniques s’impose de plus en plus » et rappelle que « contrairement à ce que laissent entendre les faux débats sur le sujet, la surdélinquance des populations issues de l’immigration, notamment jeunes, est une réalité bien connue ».

La France qu’il nous fait visiter n’est pas celle que Pujadas et Demorand nous montrent. Guilluy nous dépeint une véritable immigration de peuplement (qu’il appelle « familiale »), une « substitution de population », à laquelle il attribue une importante part de la vigueur démographique française. Il raconte comment les classes populaires françaises se sont enfuies des cités, non par racisme, mais face à l’insécurité que cette immigration faisait régner dans ces quartiers. Mais les milieux les plus défavorisés ne sont pas les banlieues des cailleras. Ce sont plutôt ces classes populaires « gauloises » qui se sont réunies dans le « périurbain », éloignées des centre des grandes villes où, dans les difficultés sociales, elles se retrouvent isolées de tout et même exclues des préoccupations des politiques.

Les villes, qui avaient été le lieu de résidence des classes populaires,  se retrouvent peuplées par les élites, les cadres supérieurs, les bobos… et les immigrés qu’ils exploitent tous à l’occasion pour leur ménage ou pour leurs restaurants. L’auteur moque l’hypocrisie de ces citadins français qui vilipendent le racisme des Dupont-Lajoie alors qu’ils sont aussi ceux « qui pratiquent le plus l’évitement » des populations étrangères. Toutes les sollicitudes vont alors en direction de ces seules cités dans lesquelles elles transitent, quand les départements les plus pauvres ne sont pas le 9-3 mais la Creuse ou la Mayenne. « La gauche sociétale et la droite libérale s’accordent dans une même volonté d’abandonner en douceur le modèle égalitaire républicain ».

La cause en est que la mondialisation, qui a permis cette immigration massive (« dans la logique de la mondialisation libérale, les individus doivent être mobiles, nomades » – on croirait entendre chanter l’Attali !), a profité à ces gens des classes moyennes et supérieures, quand elle a envoyé beaucoup de Français au chômage et les a repoussés loin des centres urbains devenus trop chers. Alors, tandis que « les métropoles mondialisées sont les territoires qui plébiscitent le plus la gouvernance européenne en attendant la gouvernance mondiale », il faut bien constater « la place exacte conférée aux couches populaires à l’heure de la mondialisation : celle de la périphérie ».

Voilà, entre mille autres constatations pertinentes (dont l’ethnicisation des questions sociales et des territoires, ou encore les revendications culturelles) , ce que j’ai retenu de cette lecture. Quant à cette autre France périurbaine qu’il décrit, invisible pourtant du sentencieux boboland, on la remarque parfois par son vote, quand, si l’on s’abstient de s’imaginer que les départements auraient un vote uniforme, on observe la carte où se sont opposés en mai les candidats de «la gauche sociétale et la droite libérale (qui) s’accordent dans une même volonté d’abandonner en douceur le modèle égalitaire républicain », c’est-à-dire les clones bleu et rose, Sarkozy et Hollande. La densité de la couleur y correspond à la proportion du vote pour l’une ou l’autre des faces de Sarkollande. Or le fond clair autour des villes denses (il ne s’agit pas de l’importance numérique du vote mais de son unilatéralisme ou au contraire de sa binarité) témoignerait bien que Christophe Guilluy a bien montré la vraie fracture française !

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2 commentaires pour Immigrés et classes populaires

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