Mondialisation

 Il y a deux manières politiques de voir les choses. L’une consiste à penser que l’important est d’abord de créer la boîte, ensuite on aménagera ce qu’elle contient, l’autre consiste à bien arranger le contenu avant de créer toute boîte qui le contiendrait. Or ces deux perspectives sont irréconciliables. La première manière est celle de ceux qui prônent le mondialisme et de tous ceux qui se contentent de critiquer les voies que l’on prend pour parvenir à cette fin, la seconde – c’est celle que je défends bec et ongles – est celle des antimondialistes de tous poils.

 

 

La première manière est initiée autour du concept flou de néolibéralisme. On attribue à Milton Friedman, l’élève de Hayek, la paternité de cette conception de l’organisation économique ; lui se dit seulement libéral et la théorie qu’il développe dans « Capitalisme et liberté » n’est effectivement guère beaucoup plus qu’une médiocre redite de Adam Smith. Ce manifeste du néolibéralisme ne mérite d’ailleurs pas le bruit qu’on en a fait… Il brille surtout par l’exécution définitive du modèle marxo-communiste qu’il développe dans son chapitre 1. Sinon, Friedman est, en fin de compte, ce que, en France, on appelle un socialiste : la Prime Pour l’Emploi de Fabius, c’est même lui qui l’y a inventée !

 

 

Il a vraiment fallu qu’il y ait un vide idéologique immense pour monter Friedman jusqu’à en faire un nouveau gourou… Il tacle Keynes (qui était lui-même loin d’être un idéologue), mais la perspective qu’il suggère de suivre est avant tout, comme pour son concurrent, d’être pragmatique. Aucune démonstration brillante n’est avancée pour prouver que le protectionnisme serait une mauvaise chose, on reste dans un empirisme qui ne convainc guère. Aucune certitude quant à la création monétaire n’est avancée, en particulier quant à quelles banques devraient être émettrices. Il est difficile d’attribuer au friedmanisme la paternité de notre indépendante Banque Centrale Européenne, ni de celle de la FED américaine – d’ailleurs Milton était encore bébé quand celle-ci a été crée.

 

 

 Miss Thatcher, admiratrice et amie du chantre du néolibéralisme, avait bien résumé les choses : « There is no alternative » (il n’y a pas d’alternative). C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas de proposer une ingénieuse nouvelle voie, mais de constater que toutes les autres (communisme, socialisme réel, keynésianisme), ça ne marche pas. Le slogan de la 1ère ministre britannique, c’est une négative, au mieux une résignation à une fatalité. Le friedmanisme, dès lors, ce n’est plus qu’un désolé : « on n’a pas le choix »… mais croyez bien qu’on le regrette. Comment peut-on considérer comme une révolution économique majeure un mouvement qui manque si fort de principes ?

 

 

Friedman, apparu médiatiquement dans les années 70, était un petit bonhomme sympathique plein de charisme. Il semblait très convaincu  qu’il avait de grandes choses à dire, son enthousiasme était communicatif ; ce qui explique qu’il ait eu tant de succès auprès de ses étudiants de Chicago. (Dans le même genre, on traîne aujourd’hui comme un grand intellectuel un Stéphane Hessel devant tous les micros.) Mais considérer que l’économie-casino dévastatrice qui a été mise en place depuis les années 80 et s’est soldée par la crise contemporaine, c’est lui qui en est le papa, c’est faire une conclusion injustifiée. Le capitalisme qu’il promeut est encore, comme pour Keynes, un capitalisme d’investissement et non l’économie spéculative qui nous parasite. Je ne prétends pas qu’on a trahi la cause de Friedman, j’affirme qu’il n’en avait aucune.

 

 

Alors peut-être que les mondialistes se sont emparés de cet aimable économiste en mal de considération pour faire avancer leur projet ? À preuve du contraire, c’est à cette hypothèse que je me rangerai. Ces buts des mondialistes, c’est l’organisation d’un ordre mondial sous un même gouvernement – une gouvernance par euphémisme – au-dessus de tous les peuples et de toutes les nations. Les organisations internationales, l’ONU en tête, mais aussi la Banque Mondiale, le FMI, le GIEC… en montrent les prémisses. Si la création de l’Union Européenne participe de ce projet, les États-Unis n’en demeurent pas moins l’élément décisif. La société nord-américaine est l’horizon promu par le mondialisme.

 

 

 Or cette société américaine, si elle accorde libertés d’opinion et d’expression, n’en est pas moins peu démocratique (celle-ci n’existe réellement que, parfois, à un échelon local, sur des questions mineures) ; elle est aussi très inégalitaire, violente et policière, enfin loin d’être apaisée mais tout au contraire une société de la peur (comme le montre Michael Moore dans son film Bowling for Columbine). La théorie des mondialistes (et européistes donc)  « de gauche », rejoints en cela par beaucoup d’altermondialistes, c’est que, une fois cette mondialisation avérée, soit par les populations, soit par de nouveaux gouvernants, on pourra tout transformer. Et rajouter la démocratie absente, et modifier les structures économiques et sociales, par cela même, pacifier la société.

 

 

 Je crois au contraire que, plus un pouvoir est puissant, plus il aura tendance à accroître cette puissance, et plus il sera difficile de le réformer. Je crois au contraire qu’il faut construire une société juste, prospère et pacifiée, en ne commençant qu’à un niveau au maximum national. Qu’ensuite, cette société pourrait servir d’exemple pour pousser ses voisines à s’engager dans les mêmes voies progressistes. Que, par voie de contagion, toutes les nations de la terre s’étant rénovées, alors seulement elles pourraient envisager de fonder un étage supérieur. Qu’il faut donc donner une priorité absolue à réinvestir notre environnement le plus proche. Penser global, agir local ! comme l’a préconisé René Dubos.

 

 

 

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2 commentaires pour Mondialisation

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