Boboïtitude et Intellos de merde

 

Je viens de tenter de regarder « La terrasse » de Ettore Scola. Scola a fait de bons films, celui-ci est une daube. Pire qu’une daube, parce que dans une daube, la viande a mariné, les légumes se sont imprégnés du goût et les herbes aromatiques ont muri des fragrances délicieuses. Qui plus est, une daube, plus elle a été réchauffée, meilleure elle est. Or ressortir du placard des années cette Terrasse, c’est la tuer comme elle aurait dû l’être il y a trente ans !

 

C’est verbeux, péremptoire, prétentieux. Tout le contraire de ce que devrait être du bon cinéma. Donc, sans surprise, la critique (ceux qui n’ont pas pu faire de cinéma tellement ils y auraient été mauvais) a adoré. Ainsi, le navet a eu le prix du scénario à Cannes en 1980. Probablement qu’on aura mesuré le mérite à la longueur du texte ? Ou bien que les autres films en compétition étaient encore plus nuls ?

 

Peu importe.

 

Les bobos, en 1980, ça n’existait pas. On parlait alors d’intellos de merde pour caractériser l’affect de petits bourgeois et d’aspirants petit-bourgeois pour des œuvres aussi prétentieuses que vides. À cette époque, il y avait eux du côté brillant, de l’autre les beaufs. L’Hart (comme Montherlant parle de l’Hamour et Flaubert de l’hénaurme) consistait alors à faire quelque chose qui ne puisse pas plaire au beauf, ne serait-ce qu’histoire de lui montrer qu’il était un inférieur. La beaufitude se plaisait alors à des Bébel (films avec Jean-Paul Belmondo) dont beaucoup sont très mauvais, d’autres pas.

 

Dans ces mêmes années, un brillant réalisateur américain, new-yorkais même, avait réalisé de petits joyaux tels que « Prends l’oseille et tire-toi ». Fatigué d’être assassiné par les savants du cinéma, il fait « Manhattan ». Révélation ! Soudain le nullissime est aussi doué qu’un Bergman pour assommer son spectateur d’un discours lénifiant. Le pire des films qu’il ait fait jusqu’alors lui vaudra la considération de la profession : « Bienvenue, vous êtes des nôtres, vous savez vous plier à notre désir, vous vous êtes soumis, Mr Woody Allen, vous pouvez entrer dans le système. »

 

Les « intellos de merde », ça ne se dit plus ; aujourd’hui, on a évolué à l’art bobo. C’est-à-dire à la culture de parvenus qui cachent leur misère culturelle derrière des goûts qui leur semblent élitistes. Élitiste signifiant surtout ici « insignifiant ».

 

Les intellos de naguère ont détesté « La guerre des étoiles », les premiers Spielberg, « Alien », « Brazil » ; ces œuvres n’ont d’ailleurs d’abord même pas eu les suffrages du public – les « beaufs » -, et il leur a parfois fallu pas mal de temps pour faire leur trou.

 

Dans les années 60, ces intellos ont joui avec « La dolce vita ». Je me souviens que, dix ans seulement après sa sortie, le présentateur (Jammot) ne pouvait s’empêcher de reconnaître combien ça avait vieilli. Car cet art-là qu’ils aiment, c’est de l’art jetable. Du « Manhattan », de « La terrasse », du Delherm aujourd’hui quand ça chantasse ou ça scribouille…

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