Cher Frits et cher Michel

Les aventures de Frits BOLKESTEIN et Michel ROCARD

(Message aux P.I.P., le plus drôle est à la fin.)

Retomber sur un bouquin un peu usé par le temps a des vertus redoutables. Ainsi, Frits Bolkestein et Michel Rocard s’exprimaient à bâtons-rompus dans un livre paru en 2006-2007 : « Peut-on réformer la France ? ». Le premier a été ministre néerlandais de droite « libérale » et commissaire européen ; le second Premier ministre « socialiste » de Mitterrand et député européen. À l’exemple de la présentation des belligérants par l’éditeur (dépendant de RCS MediaGroup, parmi lesquels actionnaires importants figure Giovanni Agnelli – FIAT -, comme Rocard membre de la Trilatérale et familier des conférences du Bilderberg depuis les années 50), nous passerons sous silence que Bolkestein a pu accompagner sa reine, Beatrix, à ces conférences qui n’existent pas en 2003 et 2004, et que Rocard l’y avait devancé en 1986. En effet, il ne faut pas voir le diable partout ! D’ailleurs Rocard-la-gauche reconnaît que son adversaire politique Frits-la-droite n’est « décidément que la moitié du diable » (notre Michel national serait-il l’autre moitié ?).

Mon cher ami !

Ils sont adversaires politiques, il vaut mieux le préciser tout de suite tant les « mon cher ami » et les « je suis d’accord avec vous » pourraient nous inciter à penser le contraire. C’est fièrement que Mimi-le-rouge défend que « le seul parti qui devrait porter une vision réformatrice, progressive, intelligente et responsable », c’est « le parti social-démocrate » ; donc, le PS c’est l’extrême gauche, et au-delà, point de salut ! et il s’en va affirmant à Fritsou et la droite que leurs « vrais interlocuteurs, c’est nous, les sociaux-démocrates consolidés ». Rappelant encore que « libéral, le socialisme l’a toujours été » (ce qui est exactement l’opposé de ce que démontre Jean-Claude Michéa*), se faisant fort d’être jusque « dans son parti, un défenseur des forces du marché », car « il faut sauver l’économie de marché et la libre entreprise » (si !), exposant ce qui fait qu’un homme politique sera de gauche : « réussir son rééquilibrage en préservant et même en améliorant la protection sociale », se félicitant enfin de ses bons rapports avec le patronat : « M. Seillière vous dirait qu’il n’a pas eu beaucoup de Premiers ministres avec qui l’écoute et l’entente étaient aussi fortes qu’avec moi » – on s’en réjouit !

Mais non, ils sont bien opposés. L’un, Rocard, est pour l’entrée de la Turquie dans l’Europe, l’autre y craint sa « tendance islamique ». Le premier « n’a toujours pas compris pourquoi George W. Bush pousse à ce point les Turcs dans nos bras », or ça a continué après l’alternance américaine avec Obama (l’OTAN, la vassalité de l’UE aux USA et sa faiblesse politique à mesure qu’elle s’étend, Rocard « n’a pas compris » !). L’expansionnisme européen de notre gauchiste radical va même plus loin que le Bosphore ; ému par l’inquiétude de son camarade socialiste Shimon Peres qui « n’imagine plus la paix maintenant que quand entreront ensemble dans l’Union européenne l’Israël et la Palestine », il « n’a pas le cœur à dire non à cette perspective ». D’ailleurs il faudrait même aller jusqu’à intégrer l’Algérie, car quand elle « sera là, nous serons plus tranquilles ». Lui faut-il rappeler que « l’espoir européen est à peu près exclusivement lié au besoin de paix » ?

Europe or not Europe ?

Un autre point de divergence entre les deux amis concerne l’Europe, si le Français exhorte à un sursaut de « patriotisme économique européen » (du Bayrou dans le texte ?), il prend des accents de communard pour en appeler à « ralentir la voracité du capitalisme actionnarial et desserrer l’étau » (les bourses en tremblent !) quand Frits en appelle « avant toute chose (…) à plus de concurrence (…) et donc d’insécurité, ça va de pair ». Mais, l’un comme l’autre, constatant pour Rocard que « les hommes politiques veulent, par générosité ou par opportunisme politique, distribuer toujours davantage » (c’est-à-dire que des élus auraient un comportement assez bas pour tenir compte des vils attentes de leurs électeurs), pour Bolkestein que « 80% de la politique consiste dans la rhétorique », l’avenir leur paraît sombre, c’est la « décadence » pour le Hollandais… En ce qui concerne l’Europe, il « pense maintenant, en effet, que l’affaire est perdue (…) ; l’Europe doit se concentrer sur le minimum (…) : la production, l’échange, le commerce, la concurrence, la monnaie, … la politique industrielle ». Le fédéralisme européen, il est « intrinsèquement contre, c’est une vision irréaliste depuis l’entrée du Royaume-Uni en 1973 », et Michel de répondre : « Vous dites que c’est foutu, je pense à peu près la même chose ».

Sus aux franchouillards !

Le désastre des chéris n’est pourtant pas seulement du fait de la perfide Albion, et notre ex-Premier ministre de se plaindre de « ce pays emphatique, romantique, fanatique, très nominaliste, juriste et d’un point de vue historique, non commerçant », la France, « le pays handicapé de l’Europe » (est-ce qu’on peut lui répondre : « La France, tu l’aimes ou tu la quittes »?). France dont « le problème fondamental réside dans le surplus de protection et dans la rigidité du droit du travail », « excessive rigidité dans le marché du travail français » que dénonce Fritsou tandis que Mimi « aurait tendance à ne pas l’écrire tout à fait comme ça ». Avec ce petit message de notre socialiste pour les salariés d’EDF : leur « retraire à 50 ou 55 ans, « il faut que cet avantage tombe, il a quelque chose de scandaleux ». Sans fioritures ! Oui, car, sentence Bolkestein, « en France et en Europe, il y a trop de règles », or, c’est bien connu, « trop de règles tuent » ; « Vous avez raison » agrée Rocard (chacun appréciera), et il ajoute que « dans ce cadre, qui est celui-là même de la libéralisation des échanges qu’on appelle la mondialisation, la bataille que je mène vise à redonner leurs priorités aux problèmes mondiaux ». Et notre « défenseur du FMI » (qui échoira dans quelques mois au camarade Strauss-Kahn) de voir dans l’unification en Europe des « marché commercial, marchés des services et des capitaux (…) un appel à un Keysianisme mondial ».

Y a des méchants et qui sont même pas gentils !

Je dois dire que je n’ai pas une grande sympatrie politique pour les amis des deux comparses… Le Baron du Medef n’a pas mes faveurs, ni la Commission européenne, ni Shimon Peres, ni le PS, encore mois le PPE ; alors j’ai d’autant plus aimé qu’ils détestassent ceux que je leur préfère. Ainsi cette « sous-culture », mise à la vindicte par Rocard, empreinte de « contamination communiste » qui, au journal Le Monde notamment, avait poussé à l’union de la gauche en 1981. Il se lâche aussi, courageux, contre « tous les irresponsables qui rêvent du Grand Soir qui (…) ont des remontées d’huile d’économie administrée ». Et Frits de renchérir contre ces militants anti-CPE dont la « peur pathologique du futur est un signe de décadence » (il affectionne sa décadence). Il en a aussi gros contre les protectionnistes (il a été Commissaire à la concurrence), et il va falloir « convaincre les populations que le protectionnisme est une très mauvaise chose ». Et puis surtout, quoiqu’il exprime une analyse moins conne que celle qu’avait vomi les média meanstream de la patay que s’était pris le TCE au référendum de 2005, c’est Attac qui est resté coincé dans le nez de Rocard. Cette « lumpen intelligentsia », « ces hommes et femmes qui viennent de la petite bourgeoisie enseignante et intellectuelle » (mon Dieu ! ils ont de l’instruction), ces « gens d’Attac ne savent pas de quoi ils parlent ».

Les grands experts au piquet !

J’avais prévenu que le meilleur était pour la fin ; le meilleur, cinq ans plus tard, c’est de ressortir les expertises de notre gouvernement de philosophes, or il s’avère que leurs prospectives ne valent guère mieux que les divinations de Mme Irma. Nous sommes à quelques mois de l’élection de Sarkozy à la présidence française, et Rocard nous pronostique que « nous pouvons avoir un second tour Le Pen-Mme Buffet. C’est gravissime » ; respectivement arrivés 4ème et 7ème avec 10,44 % et 1,93 %, ce qui doit être «  gravissime », c’est d’avoir aussi peu de prescience ! Nous sommes aussi à moins d’un an du déclenchement de la plus grande crise du capitalisme et Rocard, informé, remarque finement que c’est « le boom immobilier » américain qui y assure « une bonne partie du financement de la consommation des ménages » ; et Frits de s’apitoyer que « nous sommes confrontés avec » des pays comme « les États-Unis qui croissent sans cesse ». Le boom immobilier sera pourtant bientôt à l’origine directe de la crise des subprimes qui entrainera les USA vers la récession…

Sera-ce mieux pour cette Europe qui est l’engagement des deux complices ? Cette Europe qui, outre la paix, répand « de la prospérité » nous assène Michel (illusion qui pouvait encore tenir en 2006). Cette « Europe est un des formidables moyens d’accélérer le développement économique des pays retardataires », « L’Irlande (…) était le pays le plus pauvre de toute l’Europe (…) maintenant, elle est numéro deux ou trois en terme de PIB par habitant ». Elle est même arrivée première trois ans plus tard en 2010, juste avant que l’immensité de son endettement la fasse chuter dans l’austérité et la rétrograde… 15ème en 2011. Et Michel Rocard d’insister sur les vertus de l’adhésion à l’UE : « Quel bien cela a fait à la Grèce ! (…) Nous avons rendu ce service à la Grèce ». Euh ! beaucoup de Grecs ne partagent pas cet avis cinq ans plus tard… Constatant le manque d’efficacité à « endiguer les crises financières systémiques », saluons quand même un peu de lucidité de l’expert : « J’ai un peu peur pour l’euro » – tu fais bien mon Mimi ! et tu aurais dû enlever le « peu ».

Si « le capitalisme est le mariage entre la société anonyme et la machine à vapeur » comme le suppose Rocard, je n’ai guère de doute que Fritsounet y sera en S.A. quand Mimi fera « tchou-tchou » !

* Jean-Claude Michéa, Le complexe d’Orphée, 2011

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