Véronique Genest à ONPC, interrogatoire télévisuel du commissaire Julie Lescaut…

« Qu’est-ce que vous allez faire dans cette galère ? » accuse le procureur Caron à l’invitée politique (la vraie, pas la jeune femme membre du gouvernement qui avait longuement mené en bateau les téléspectateurs un peu plus tôt) dans l’émission de divertissement de ce samedi drivée par le bobo Ruquier. Le végétarien, mais néanmoins journaliste, célèbre au point d’avoir généré un hashtag féroce sur touitteur – #CaronEstAuJournalisme –, hashtag moquant la partialité dont il avait par exemple fait montre en se faisant carpette face à la dame du PS, Aymeric Caron a fait là un bon mot pour une belle conclusion de cette demie-heure d’exécution médiatique de la plus célèbre flic de France.

Ces médias qui « désinforment » (comme l’a dit avec raison Véronique Genest) seraient le quatrième pouvoir. Ne faudrait-il pas dès lors ôter le droit de vote aux journalistes de façon à ce qu’ils ne cumulent pas celui-ci avec l’autre et qu’ils soient capables de faire correctement leur métier et non avec complaisance ? Cette complaisance et le cirage de pompes (des Batho ?) conjugués avec la langue de bois indigeste de la Ministre de l’écologie-etc. nous avait assommés ; mais Véronique Genest n’y a heureusement pas eu droit.

veronique-genest-on-nest-pas-couche-516x340La populaire fausse rousse (comme le suggère l’indiscret photographe de Lui) qui ne saurait être prise pour une vraie blonde a été mise à nu sur le plateau de On N’est Pas Couché ; habituée aux policiers qu’elle tourne, le suspense nous a scotchés à l’écran et, pour une fois, fait mériter son nom à l’émission qui peine à nous faire oublier ce qu’elle fut et surtout celle d’Ardisson qu’elle avait enterrée. Obertone, personnage trop discret, n’avait pas tenu la dragée assez haute la semaine précédente, Éric Zemmour serait prévu samedi prochain pour regonfler le taux d’audience, mais après ? Comment faire le buzz hebdomadaire sauf à inviter Dieudonné ou Frédéric Lordon ? gens auxquels la bien-pensance ne veut surtout pas accorder ce genre de tribune.

Celle qui s’était révélée en tenue de Vénus dans Nana – une sérieimages-veronique-genest-nue-dans-vrac-33902-e2f03 téloche de Maurice Cazeneuve (dont ce sera l’ultime exercice cinématographique) – ce en même temps qu’un décédé François entrerait, une rose à la main, à l’Élysée en 1981, c’est à son tour d’entrer en politique aujourd’hui. Elle s’y « intéresse », ça la « passionne », elle veut « regarder », « apprendre », sans « aucune prétention » de se « revendiquer comme une femme politique ». « Je me lance en politique », dit-elle ; ce alors même qu’elle « n’a pas décidé de se lancer dans la politique »… Et les chroniqueurs trop exigeants lui demanderont « d’aller au bout du raisonnement » (Natacha Polony) pour « essayer de comprendre » (Aymeric Caron) : et pourquoi ne le ferait-elle pas sans avoir décidé de le faire, après tout ?

Reconnaissons avec elle qu’il faudrait arrêter « d’enrober les choses dans des jolis mots politiques » (ce dont avait abusé Delphine Batho, l’officielle invitée politique à bouclettes), reconnaissons encore que « les gens mesurent un petit peu trop souvent le poids des mots », et usons donc des mots sans vraiment se préoccuper du sens qu’ils ont ! (Il semble bien que Mlle Genest ait vraiment pénétré le fond du sens et de son absence dans notre modernité.) Enfin rendons-lui grâce qu’elle « assume tout ce qu’elle dit », et ce sans faire la fine bouche dans la mise en abyme à laquelle nous invite cette scène où une comédienne déclare qu’elle assume tout ce qu’elle dit – c’est-à-dire même ce qu’elle est payée pour dire dans ce travail de comédienne. Et ne voyons pas à mal que les écrivains – comme Hugo, Lamartine, Chateaubriand, Péguy, Barrès, Churchill, Malraux… – qui eux aussi s’étaient lancés en politique, soient remplacés par des acteurs-interprètes comme Regan, Schwarzenegger ou Genest (voire Sarkozy ou Hollande ?). D’ailleurs, même Caron, un peu ironique, le reconnaît : « ce serait bien que vous vous y mettiez à faire de la politique » lui dit-il.

Véronique Genest se situe au « centre-droit ». Elle est pour les femmes, pour la laïcité, pour le mariage homosexuel, nous dit-elle – très consensuelle branchée donc (« cablée » eût dit l’homme à la rose). En avril 2002, elle a même défilé « contre le Front National » voyant revenir au pas de l’oie les heures sombres de notre histoire parvenues, dans la personne de Jean-Marie Le Pen, au deuxième tour des présidentielles. Son politiquement correct, elle le précise en se déclarant « plus dans l’envie d’entreprendre »… que dans la redistribution à ses fainéants d’assistés probablement ? Son programme est donc parfaitement libéral tant économiquement que dans les mœurs, elle est complètement intégrée au système ; bobo au point d’habiter République (parions plutôt pour le sud-ouest de la place).

Mais cette première prestation politique de la comédienne ne fut pas brillante : elle était « très fatiguée », elle n’avait pas son « petit papier », elle a été « prévenue y a deux ou trois semaines » qu’elle serait éligible, et moins encore, « même pas 15 jours ». Ce qui n’est pas bien important puisqu’elle ne sera pas députée : elle n’est que suppléante, le « porte-voix » de son candidat ; si elle « était à l’assemblée » pour le remplacer, ce ne serait que « pendant trois mois », le temps de faire un nouveau scrutin (ce qui entre en contradiction avec le Code électoral dans son article LO176).

Son candidat qu’elle supporte vaillante de sa voix délicieuse – ce que, sarcastique, Polony traduira par « une opération de comm » -, c’est Jonathan-Simon Sellem, animateur du blog JSS News, un jeune homme avenant et tout sourire que l’on aperçoit dans les coulisses photojssde l’émission contemplant Julie Lescaut défendre sa candidature sur une circonscription des Français de l’étranger. Or, taquins, les chroniqueurs vont s’en prendre à ce que défend ce Franco-israélien binational avec qui la commissaire est « d’accord sur les grandes lignes » ; au point qu’elle en appellera qu’il fallait plutôt « l’inviter lui » pour « lui demander ». En effet, bien que 60 % des électeurs de cette circonscription soient dans ce pays (ils y sont 110 000 environ) dont son candidat est citoyen, Genest ne « pensait pas qu’on allait lui parler d’Israël » à elle. Ce M. Sellem, d’ailleurs, « est pour la recherche d’une paix » (en Palestine) et « ne représente pas l’extrême-droite israélienne ». Même si elle « adore en prendre plein la figure », face à l’acerbité de ses deux tortionnaires, la commissaire avoue qu’elle ne « s’attendait pas du tout à ça » ; elle qui voulait nous parler – et aux électeurs – de l’éducation, la francophonie, de la culture française (Zola ? Charlie-Hebdo ? BHL ? Céline ? non, pas Céline probablement)… Que ne rétorque-t-elle le « c’est ma réponse » que faisait dire à Georges Marchais le frère de la sœur de Le Luron qui est elle aussi sur le plateau d’ONPC ce soir-là.

Mais, puisque l’État juif s’était invité dans le débat, Genest qui « connaît très très bien la situation politique israélienne » s’est portée volontaire pour « prendre la défense de ceux qui sont maltraités par une propagande qui est fausse » – les Israéliens juifs bien sûr, pas les Palestiniens colonisés ni ceux victimes des bombardements de Tsahal à Gaza. En effet, elle n’a pas vu là-bas ce qu’elle lit dans les journaux ici : ici, les « choses sont toujours traités dans le même sens », contre les Israéliens. Que Alexandre Adler et toute sa clique de journalistes pro-palestiniens le sachent (le sachiassent eut dit Marchais-Le Luron), le véritomètre de Bernard Mabille confirmerait sans nul doute son « sentiment qu’on dissimule un antisémitisme derrière la création de l’État d’Israël ». Certes, les fines bouches dénoncées plus haut argueront que cette déclaration accuse la création de l’Israël d’être antisémite… Mais rappelons-nous que, s’il ne faut pas mesurer le poids des mots et décrypter ce que la policière a vraiment dit, le mot antisémitisme a été posé en joker : quiconque est critique de l’État israélien dissimule de l’antisémitisme*, tenons-nous le pour dit ! Na (na).

Voilà qui devrait répondre à l’évocation blasphématoire du « mythe d’une terre sans peuple et d’un peuple sans terre » de la Polony : c’est « le berceau de la religion » des juifs rappellera notre Julie. Quant à Caron, quand il cite le candidat Sellem que soutient Genest : « la Palestine est une fiction », après qu’elle semble avoir été sincèrement surprise que son ami israélien ait pu écrire ça, tandis qu’Aymeric Caron fustige là que ce n’est pas la gauche mais « la droite dure israélienne », « une frange », qui porte ces idées, et que Natacha Polony y voit « la droite qui refuse le dialogue », notre Véronique va nous révéler que c’est « une position israélienne normale » que « la plupart des Israéliens », « la majorité des gens » là-bas, partagent. Nous ne savons pas sur quelles sources – au moins un sondage sérieux – s’appuie cette affirmation, mais comment pourrions-nous douter qu’elle ne soit exacte ?

En effet, la comédienne va nous expliquer qu’il n’y a « aucun fondement historique à la revendication des Palestiniens » dans la mesure où la Palestine pourrait bien être « un territoire inventé » : « avant 67, quand on parlait de Palestiniens, c’était des juifs dont on parlait, pas des Arabes. C’était une insulte pour les Arabes d’être traités de Palestiniens » nous affirme-t-elle, reprenant là les thèses de Guy Millière quant à ces territoires non pas occupés mais « disputés » (il ne s’agit que d’une dispute, on s’en réjouit !). Ne gardons pas « une vision totalement axée » (axée contre l’Israël et son camp du bien) : il n’y « a pas l’apartheid » là-bas ; la preuve ? les Palestiniens sont aidés par l’Israël généreux « qui leur paye des bus directs » – des esprits chagrins prétendront qu’ils leur paieraient même bien l’avion… en aller simple.

Islamophobe ? « non, j’ai pas dit ça comme ça » : quelle honte a-t-elle à revendiquer islamophobie ? Ne revendiquons-nous pas notre anticommunisme ? Véronique Genest avoue pourtant sa « peur de l’islam », ce qui revient au même et n’a rien de criminel. Elle a étudié les textes, lu le coran deux fois, et même les hadiths (se serait-elle plus renseignée sur la question que beaucoup de musulmans ?), elle connaît la « déclaration du Caire » et même le « processus d’Istambul ». Elle assène que « les musulmans sont les plus grands colonisateurs et massacreurs de l’histoire » avec notamment un génocide de l’Indikush qui aurait fait de « 50 à 80 millions de morts », ce que conteste Caron se référençant à l’historien Pascal Buresi (un antisémite c’est certain). Comme beaucoup de Français, Genest craint donc l’invasion des couscoussières mahométanes et de la fatale recette de la charia qui va avec. Ces musulmans qui sont si épouvantables qu’ils ont Mein Kampf comme livre de chevet alors que ce brûlot « est interdit partout » (l’ouvrage d’Hitler n’est en fait prohibé que dans quelques rares pays dont l’Allemagne et la Russie).

C’est cet islam, avec toutes ses terrifiantes menaces, qui est en Palestine-Israël. Lui qui met en avant sa légitimité sur Jérusalem ; et Véronique de nous rappeler qu’il ne faudrait pas oublier dans le conflit cette troisième légitimité « des chrétiens sur la Palestine ». Là, la commissaire oublie que le conflit palestinien oppose des juifs, les Israéliens non-arabes, aux populations arabes qui sont ou musulmanes ou chrétiennes – les chrétiens de Palestine sont des Arabes. Même incertitude quand elle évoque pour condamner des juifs, les « orthodoxes purs et durs (…) odieux » : mais sont-ce ceux qui poussent au Grand Israël ou les religieux antisionistes qui ne reconnaissent pas l’État hébreu qu’elle fustige ? Nous n’aurons pas d’éclaircissement Knesset_2013sur ce point. Il faut bien tancer que celle qui dit « très très bien » être au courant de tout ce qui se passe dans toute la Palestine n’en donne pas l’impression. À examiner un peu la composition de la Knesset – régal pour qui écoute Étienne Chouard -, on voit bien que Caron ou Genest sont bien d’accord pour ne pas vouloir nous donner une vue objective de la réalité. Non Maître Caron, même s’il y en dans ses rangs, la gauche israélienne n’est pas pacifique ; non prévenue Genest, même s’il y en a certains, les religieux juifs ne sont pas globalement ceux qui poussent à l’affrontement. C’est bien plus embrouillé que cela. Gil Mihaely, journaliste à Causeur, donne un excellent panorama, beaucoup moins caricatural que celui de Aymeric Genest et Véronique Caron (chiasmons-nous dessus !), quant au partage politique en Israël en quatre « tribus » : «  les laïques sionistes, les religieux nationalistes, les ultra-orthodoxes et les Arabes israéliens ». Mais ce partage-là a le tort de n’accorder aucune place ni à la droite ni à la gauche ni à l’extrême-droite ni au centre-droit, toutes classifications qui parlent bien à l’imaginaire bobo commun des Genest-Caron-Ruquier mais ne rendent compte de quelque réalité israélienne que ce soit.

Pauvre Véronique de s’être « lancée en politique » ! Surtout en débitant n’importe quoi en dépit du bon sens et sans ce charme des pires contre-vérités enrobées dans de jolis mots… Ne partageant aucun de ses engagements politiques ou sociaux, nous ne la plaindrons pourtant pas autant que le vilain Aymeric. Elle est pour les femmes quand il faudrait être pour que celles-ci soient considérées à égalité avec les hommes et non pas supérieures ; pour le mariage entre personnes de même sexe qui est un non-sens absolu ; pour la liberté d’entreprendre qui est le credo de ceux qui veulent toujours plus à prendre aux plus pauvres ; dans le mythe adolescent de l’antifa quand c’est l’UMPS qui est l’ennemi de la démocratie française ; pour la stigmatisation des musulmans quand il faudrait dénoncer le soutien de la France aux pires salafistes du Golfe jusqu’en Libye et en Syrie ; pour l’existence d’un État raciste (tant que la supposée race juive sera le fondement de l’identité israélienne*) colonisateur en Palestine. Le plus paradoxal dans l’affaire, c’est que celui que la bobocratie a désigné comme son saint inquisiteur, Aymeric Caron, s’il est critique sur la forme du discours de Genest, il en partage pourtant le fond et toutes les idées : Caron et Genest sont d’accord sur les grandes lignes !

Un nouvel hashtag sortait de la cuisse de Jupit(witt)er vers la fin de l’émission pour célébrer ce fumeux numéro d’incompétence manifeste : #jouelacommegenest

(La vidéo de l’interview est visible ici.)

*  » Il fut un temps en Europe où celui qui affirmait que les juifs, du fait de leur origine, constituaient un peuple étranger était désigné comme antisémite. Aujourd’hui, a contrario, qui ose déclarer que ceux qui sont considérés comme juifs dans le monde ne forment pas un peuple distinct ou une nation en tant que telle se voit immédiatement stigmatisé comme « ennemi d’Israël.  » Shlomo Sand, Comment fut inventé le peuple juif, p. 35


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3 commentaires pour Véronique Genest à ONPC, interrogatoire télévisuel du commissaire Julie Lescaut…

  1. amineft dit :

    À LIRE ET À PARTAGER! Nouveau texte sur la situation israélo-palestinienne.
    http://courantcontraire.wordpress.com/2013/03/08/israel-apres-le-mur-la-segregation-dans-les-autobus/
    «Ce qui est sidérant, ce n’est pas tant les actions que commet le gouvernement israélien, que la perception qu’en ont les gouvernements et médias occidentaux. Qu’un pays déroge aux conventions internationales, cela n’a rien de nouveau et est très répandu (Chine, Corée du Nord, Arabie Saoudite, entre autres). Pourtant aucun de ces derniers n’est considéré comme démocratique et ne jouit de l’impunité dont Israël est bénéficiaire.»

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