Simone de Beauvoir ou le féminisme individualiste

sdbIl ne faut probablement pas relire de vieux bouquins poussiéreux tels que Le Deuxième sexe*, sauf pour s’en moquer. C’est donc ce qu’on fera. Taillons en pièce la vingtaine de pages d’ « introduction » de ce best-seller des sixties.

Précisons tout de suite le « poussiéreux » pour les dubitatifs. Mon exemplaire du Sexe à Simone, je l’ai fait extraire d’une bibliothèque – une grosse bibliothèque – dont il est clair qu’il n’avait pas quitté les rayons les plus tranquilles depuis des millénaires, au moins. Ce livre, il est évident que c’est celui dont tout le monde parle sans l’avoir – sauf les gens de jadis – jamais lu ! À l’image de cette Encyclopédie dix-huitièmiste dont le tirage négligeable (10 000 sur toute l’Europe) prouve qu’elle n’a jamais eu l’influence qu’on – que ce soit ses zélateurs ou ses contempteurs – lui prête.

De suite, le procédé dont abuse la bourgeoise dans sa jactance s’impose : assommer sous une tonne de phrases insignifiantes en paragraphes massifs tandis que les liens discursifs entre les sentences collées au hasard bout à bout sont relâchés. Endormir le lecteur – et la lectrice surtout – avec cet épouvantable style qui fut celui de l’après-guerre, style qui consiste à construire des phrases pauvres et courtes qui n’excitent pas l’attention, notamment par l’évitement des relatives et la hantise de l’apposition – qui est pourtant le plus stimulant vecteur de sens. Dans le magma vaguement littéraire qui résulte de ça, toutes les idées sont floues et le parcoureur de ces lignes écrites a sa conscience qui nage dans un océan d’ennui – on est bien dans le gris dont la couleur domina toutes ces années – propice à lui matraquer dans le crâne n’importe quelle idée creuse.

Du coup, il faut être très attentif pour coincer la Beauvoir quand elle déraille au milieu d’un paragraphe aux élucubrations assez convenues et dépourvues de beaucoup d’intérêt.

C’est ainsi que l’auteur nous balance un « Y a-t-il même des femmes ? » (page 11) dès son premier paragraphe et, dès la page suivante, se lance, ni vue ni connue, à affirmer que « les sciences biologiques et sociales ne croient plus en l’existence d’entités immuablement fixées qui définiraient des caractères donnés tels que ceux de la femme, du Juif ou du Noir ; elles considèrent le caractère comme une réaction secondaire à une situation. » Il est de toute évidence mensonge de prétendre que les sciences dures n’ont pas de définition de ce qu’est la femme ; il n’y a même pas besoin de s’appesantir sur ce terrain. L’affirmation de Beauvoir est ici sans aucun fondement, mais, reprise sans être remise en question, cette stupidité amène directement aux délires des gendristes quand ils glissent des études littéraires légitimes (et sans intérêt) sur le genre jusqu’à leur prétendre un fondement scientifique qui n’existe pas (c’est d’ailleurs bien ce fondement scientifique « qui n’existe pas » dans la théorie du genre). D’ailleurs, plus loin, elle écrit que, « sur le statut de la femme, l’O.N.U. n’a cessé de réclamer impérieusement que l’égalité des sexes achève de se réaliser. » Il ne s’agit pas ici d’égalité des droits des deux sexes mais d’égalité des sexes eux-mêmes dans l’indifférenciation ; il faut qu’un homme soit une femme et une femme un homme. Et elle a bien conscience que l’organisation mondialiste en chef, l’ONU, ce « Machin » de sinistre renom, est en tête du combat délétère qu’elle mène elle-même dans son petit coin doré de notoriété et de luxe.

Autre vice qui plaît à la Simone et apparaît ici, ce mélange auquel on pourrait ne pas faire attention : femmes, Juifs, Noirs. Effectivement, ni ces Juifs ni ces Noirs n’ont de réalité absolue démontrable en laboratoire ; mais mettre dans le même sac les femmes, c’est être tout particulièrement de mauvaise foi ! Il n’est aucune nécessité de développer ce point. Remarquons tout de même que par cet amalgame aussi osé qu’absurde et honteux, on se positionne en défenseur des femmes, des juifs et des Noirs ; on est donc « de gauche ». (Passons sur le fait que cette collaborationniste de Beauvoir aurait largement mérité qu’on la tondît à la Libération.) Beauvoir est de gauche parce que les femmes sont comme des Noirs ou des juifs… Le souci, c’est que la catégorie des femmes n’a aucun point commun avec celles de juifs ou de Noirs. Ça n’a juste rien à voir. Si ce parallèle est inepte, la docte ne se fatiguera pourtant pas d’y revenir. Revenant ainsi sur cette différence dont elle ne veut pas puisque son seul et unique but, comme on l’a déjà vu, est l’indifférenciation, elle moque le fait d’ « accorder à l’autre sexe « l’égalité dans la différence ». Cette formule qui a fait fortune est très significative c’est exactement celle qu’utilise à propos des Noirs d’Amérique les lois Jim Crow » ; et elle continue en mélangeant tout : « d’une race, d’une caste, d’une classe, d’un sexe », poussant encore plus loin le répugnant de son image, le sexe masculin ou féminin est, non seulement comparé à la race noire, mais en plus à une « caste » ou une « classe » sociale. Faut-il rappeler que l’on peut changer de classe ou de caste mais qu’un sexe nous est échu depuis la naissance jusqu’à la mort sans qu’aucun moyen de pouvoir renverser ce donné intangible de la providence naturelle n’existe ! (Les « transsexuels » sont objectivement des castrats qui n’ont plus du tout de sexe ni vie sexuelle proprement dite.) La comparaison est ici a minima grotesque. En fait, elle est même perverse.

On notera à propos de cette référence à la négritude (phénomène de mode dans ces années de lutte pour les droits civiques des Noirs en AmériKKKe) une contre-vérité. En effet, quand elle écrit qu’ « un « pauvre Blanc » du Sud des U.S.A. a la consolation de se dire qu’il n’est pas un « sale nègre » », elle inverse la réalité. Ces « pauvres blancs » sont tout au contraire méprisés par les Noirs depuis deux siècles, ils ont ainsi acquis la dénomination insultante ancienne déjà de poor white trash qui les associe à la poubelle.

« Si sa fonction de femelle ne suffit pas à définir la femme, si nous refusons aussi de l’expliquer par « l’éternel féminin » et si cependant nous admettons que, fût-ce à titre provisoire, il y a des femmes sur terre, nous avons donc à nous poser la question : qu’est-ce qu’une femme ? » Ici, on doit rire ! Je ne vais pas développer l’ineptie qui s’étend ici, j’en donnerais juste une équivalence : « Si sa fonction de nous protéger de la pluie ne définit pas le parapluie, nous avons donc à nous poser la question : qu’est-ce qu’un parapluie ? » Bien sûr que si l’on exclut d’emblée la bonne réponse à une question, il va être difficile d’y répondre… Et l’on va pouvoir pondre des pages et des pages savantes telles des femmes éponymes pour baragouiner à la recherche de la réponse que l’on a refusée au départ. La fonction de « femelle » définit la femme par rapport à l’homme qui est le mâle. C’est juste scientifique. Point. Beauvoir est en plein délire. Ce qu’elle raconte, c’est absolument n’importe quoi.

Le déni du réel est intrinsèque et la rédactrice s’y complaît quand elle écrit que « pas plus que la réalité historique la nature n’est un donné immuable. » Prenant le fait que les connaissances évoluent quant à la nature – comme en histoire – et ne sont jamais pleines et entières, la docte en déduit que la nature n’existe pas vraiment en tant que telle. Ce raisonnement est complètement débile. Ce serait dire que si je ne sais pas à quelle heure part ce train, alors ce train n’existe pas.

« Le couple est une unité fondamentale dont les deux moitiés sont rivées l’une à l’autre ; aucun clivage de la société par sexes n’est possible. C’est là ce qui caractérise fondamentalement la femme : elle est l’Autre au cœur d’une totalité dont les deux termes sont nécessaires l’un à l’autre. » De quoi est-il question ici ? Il est question de caresser le lectorat dans le sens du poil, de répéter un genre de poncif non démontré pour afficher qu’on est bien comme tout le monde et qu’on ne remet en fin de compte rien en cause, qu’on est sa bonne fifille qui pense tout bien comme il faut. En plus, ce cliché gnangnan du joli petit couple est complètement faux.

Certaines références sont amusantes pour qui sait un minimum les choses. Ainsi glose-t-elle sur certains du XVIIIe siècle qu’elle qualifie d’ « hommes profondément démocrates »… Pour qui sait ce que ces hommes du XVIIIe pensaient de la démocratie, sachant combien ceux dont il est question ici la détestaient absolument, cette affirmation niaise fait a minima sourire !

Mais c’est en fin de cette pénible et sotte introduction en préliminaire à son Sexe que Beauvoir lâche ce qu’il nous faut comprendre. Ce sera en montrant d’abord combien ses buts ne sont pas humanistes, ce sera en dévoilant le fond politique qui l’inspire : la droite la plus égoïste. « Nous estimons quant à nous qu’il n’y a d’autre bien public que celui qui assure le bien privé des citoyens », écrit-elle. C’est le « privé » qui est son combat, pas le social ni la communauté citoyenne. Et encore : « On ne sait trop ce que le mot bonheur signifie […] C’est donc une notion à laquelle nous ne nous référons pas. » […] nous ne définirons pas ses chances en termes de bonheur, mais en termes de liberté. » Les choses sont dites, il n’y a pas de surprise à avoir si les femmes de Beauvoir ne sont pas heureuses ; la gourou s’en fiche. Peu lui importe que les femmes soient heureuses pourvu qu’elles fussent « libres ». Pourquoi faut-il cette « liberté » qui n’apporte pas de bonheur ? qui le sait… À quoi sert la « liberté » qu’elle veut si elle n’encourage pas le bonheur ? Peut-être est-ce l’orgueil… Ou bien c’est pour que les petites élèves de la prof de philo Beauvoir (virée de son poste pour cette raison) s’autorisent librement à coucher dans le lit de la pédéraste Simone puis dans celui de son sadique de Jean-Paul ?

D’ailleurs… « La perspective que nous adoptons, c’est celle de la morale existentialiste. Tout sujet se pose concrètement à travers des projets comme une transcendance. Il n’accomplit sa liberté que par son perpétuel dépassement vers d’autres libertés ; il n’y a d’autre justification de l’existence présente que son expansion vers un avenir indéfiniment ouvert. […] Tout individu qui a le souci de justifier son existence » Pour la femme, « on prétend la figer en objet, et la vouer à l’immanence puisque sa transcendance sera perpétuellement transcendée par une autre conscience essentielle et souveraine. » Le mot est dit et tout est là : « l’individu », il n’y en a que pour lui (pour elle en l’occurrence), il s’agit d’un individualisme exacerbé qui se revendique sans honte d’être asocial. Il y aurait une « transcendance » dans l’homme (la femme) pris en tant qu’individu isolé et chacun (chacune) aurait à accomplir une foutue transcendance ; or, en obstacle, il y a les « autres », ces vilains autres (« L’enfer c’est les autres », raconte son ignoble compagnon), qui vous transcendent eux-mêmes dans un sens qui n’est pas le bon… Tout ce qu’elle écrit là est parfaitement crétin et on s’étonne que tant de femmes (d’hommes aussi) aient pu se laisser avoir à tant de bêtise ! Einstein avait à ce propos une phrase sur l’infini.

Il ne fait aucun doute que le féminisme à Simone est un féminisme orienté vers l’individualisme associé à la droite libérale la plus extrême, celle qui déteste plus que tout les « partageux ». Il n’y a pas d’osmose sociale, on prend en exemple le prolétaire mais on lui oppose son épouse en adversaire. La société qui est dépeinte ici est celle du tous contre moi et moi contre tous, le « moi » étant celui qui doit gagner contre tous. Cette quête de « liberté » pour elle-même, et on ne sait même pas si c’est « pour la liberté » ou pour la quête de « liberté » que l’homme – la femme – est condamné à cette quête, cette quête est sans fin, c’est « indéfiniment ouvert »… Il s’agit du monde sans fin qui nécessiterait plusieurs planètes pour y loger l’ego surdimensionné de l’homme – et de sa femme. L’univers idéal de Beauvoir est celui de la concurrence de tous contre tous, un univers d’essence libérale tant sur le plan social que sur le plan économique. Si ses références sont à gauche, c’est pour promouvoir une politique de droite libérale violemment individualiste. C’est très exactement l’orientation politique des gouvernements de François Hollande depuis 2012, la « gauche » sociétale particulièrement en pointe avec des Peillon, Valls, Macron, Taubira, Belkacem. Il ne faudrait surtout pas oublier de noter le tout début de cette longue gnose que sera le Sexe de madame Bertrand de B. : « J’ai ». Tout ça commence par « J’ », par je, moi miss Beauvoir. Croire que c’est un hasard serait ne rien vouloir comprendre : tout est dit dans ce seul premier mot.

*Le Deuxième sexe, I Les Faits et les mythes, Simone de B., NRF, Gallimard, 1949.

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3 commentaires pour Simone de Beauvoir ou le féminisme individualiste

  1. Paul Fortune dit :

    « Effectivement, ni ces Juifs ni ces Noirs n’ont de réalité absolue démontrable en laboratoire » : pas si sûr : il y a des labos qui, via des sites internet, propose de tester votre adn pour voir si vous avez des ancêtres juifs. https://www.familytreedna.com/landing/jewish-ancestry.aspx
    D’autre part, un scientifique américain a déclaré qu’il pouvait, à partir d’un échantillon d’adn, savoir si un criminel était noir, latino, asiatique ou blanc, et il a prouvé ses dires au cours d’enquêtes réelles. Bref, être noir, juif, blanc, femme, homme, tout cela ne relève absolument pas d’une construction sociale, mais possède des bases biologiques clairement établies. Bref, Simone de Beauvoir est une conne.

  2. bigoudene dit :

    Il est difficile de lire les synthèses que vous faites de ce livre. Pour ma part, il ne s’agit pas de définir l’auteur par un penchant politique plutôt de gauche ou de droite qui n’est pas, d’ailleurs, à proprement parlé le sujet ou la problématique mis en avant. Reprendre du Simone de Beauvoir qui n’est pas de notre époque pour critiquer la politique me semble inopportun (pas le même contexte, pas les mêmes construction de ce que l’on nomme droite ou gauche etc.).
    Pour en revenir donc au sujet, elle montre que l’image de la « femme » a été construite par l’homme et qu’il n’y a donc pas d’égalité possible. Je pense que la femme et toutes les actions vers « l’égalité et la liberté » qui ont eu lieu depuis 1968 le prouvent puisqu’elles ont réussi à faire changer les mentalités…Encore bien du chemin reste à faire que l’on soit de tous les bords !

    • adelannoy dit :

      Votre réponse est très intéressante. Je précise dès le départ que je ne commentais ici que l’introduction du 1er livre. Cela dit, ayant lu tout le reste, je n’ai pas été amené à corriger le jugement, très négatif, que j’avais fait dès l’introduction. Droite et gauche n’ont certes plus aucun sens aujourd’hui, par contre, le sens qu’ils avaient à la grande époque médiatique du couple Sartre-Beauvoir, c’était un assez louis-quatorzien « la gauche, c’est nous. » Ce qui fait très certainement que justement ce terme de gauche ne veuille plus rien dire après que cette paire de bourgeois se le soit privatisé.
      Ayant lu tout ce bouquin, entre nous très indigeste, elle écrit très mal, je ne découvre nulle part qu’elle montre que l’image de la femme ait été construite par l’homme (mâle). Elle ne démontre d’ailleurs jamais rien du tout, son verbiage ne fonctionne pas de manière cartésienne par de la logique. Chez elle, il s’agit d’assommer son lecteurs avec des éléments disparates dont aucune conclusion ne s’impose mathématiquement ; elle mélange absolument n’importe quoi, des enquêtes médicales avec des personnages romanesques, les personnages fictifs ayant le même poids que les humains existants, c’est absolument du n’importe quoi. Comme son postulat (car elle le pose comme ça, tombé de la lune sans aucune démonstration) : « on ne naît pas femme on le devient ». C’est absolument stupide. Dites ça à une sage-femme, ça va la faire marrer mais si elle vous prend au sérieux, elle vous envoie à l’HP. Bien sûr qu’elle veut dire par là qu’il y a une construction sociale de la femme, évolutive au travers du temps, ce qu’elle oublie de mentionner ; or cette constatation ne présente d’intérêt que si l’on en tire quelque chose de positif, ce qu’elle est incapable de faire.
      Ce que j’ai appris dans ce livre, c’est que Simone a eu des règles extrêmement douloureuses, un dépucelage qui s’est très mal passé, une enfance dans un milieu coincé et hypocrite, un avortement dont elle a beaucoup souffert, enfin qu’elle est masochiste dans ses rapports sexuels avec les hommes et a une forte prédisposition névrotique à aimer sa propre souffrance. C’est tout.
      Quant à ce chemin qui resterait à faire pour « libérer » les femmes, du moins en Occident, DH Lawrence avait fort justement reconnu il y a plus d’un siècle, avant même ce mauvais bouquin de la bourgeoise Beauvoir (qu’on aurait dû tondre, comme Duras, pour collaboration à la Libération) que le chemin pour libérer la femme était déjà à peu près achevé alors et qu’il n’y avait dès lors aucune légitimité à la lutte féministe. Il avait prédit que ce féminisme conduirait à une terrible tyrannie sur le monde, on y est.

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