Riss pas drôle ?

Je déteste Charlie Hebdo. Je n’ai jamais été Charlie Hebdo. J’en veux à ce journal de l’avoir acheté une fois, mal inspiré par un copain. Je l’avais ouvert, cherchant quelques blagues, quelques sourires : rien. De la haine des adversaires politiques – ce qui ne me gêne pas –, mais pas le moindre esprit, honnie toute intelligence – ce qui m’avait exaspéré. Je n’ai jamais revu le copain pour qu’il me rembourse ce stupide achat que j’avais fait à cause de lui, espèce d’andouille.

Il n’y avait quasi rien à lire dans ces chères (plusieurs francs) pages, heureusement rares ; ce qu’il y avait à lire était de l’injure, au mieux de l’imprécation, à vomir. J’étais censé être de gauche à ce moment-là, c’était il y a bien vingt ans. En tout cas, je n’étais pas et n’ai jamais été ni ne serai « de droite ». Cela dit, ces mots vides de droite-gauche voire de droiche ne signifient pas grand-chose ! Si Charlie est « de gauche », alors il est sûr que je ne serai jamais de gauche – plutôt carrément être de droite !

En janvier, je ne sais plus quel jour, quand ma boulangère m’a appris en me tendant mon pain qu’il venait d’y avoir un attentat à Charlie Hebdo, j’ai manqué de pouffer de rire. Non que je l’aie souhaité, mais, avec cet attentat, c’était cet insignifiant agglomérat de papier coloré dont le ridicule se haussait au niveau d’un organe officiel de propagande comme Le Monde ! Pour certains qui n’avaient aucune chance d’atteindre la postérité par leur œuvre, ils y accédaient soudain grâce à cet hallucinant martyre ! Cet attentat, c’étaient les Japs qui, en décembre 1941, préfèrent attaquer la camionnette de hot-dogs de la 15e avenue plutôt que de s’en prendre à Pearl Harbour. Et puis, pour ceux-là qui se prétendaient les rois du rire, il fallait bien que cela fût drôle que ce grotesque happening dont la seule chose qui jurait, c’était que les balles de kalach y fussent réelles.

4552131_6_bd70_le-dernier-dessin-de-charb-paru-dans-charlie_7872aa02afa68f986e88c06c205aa055Je n’ai pas une seconde regretté la mort de Charbonnet et son complice dont j’ai oublié le nom (mérite-t-il mieux ? j’en doute). Désolé, j’ai eu de la compassion pour lui et les siens, pas plus que ça, c’est bien assez, ça ne mérite pas davantage. Mais j’ai appris qu’il y avait aussi Cabu dans les victimes, celui qui forçait le sourire en faisant penser à ces victimes qui se trouvaient face à ses dessins, un « ah le salaud ! » admiratif. Quel talent ce type ! respect. Mais que faisait-il au milieu de ces gratteurs de papier ?

Voilà bien le seul gribouillis de Charb qui fût jamais drôle, mais il a fallu que des terroristes y mettent leur grain de sel pour que l’humour en soit saillant ! en quelque sorte, une œuvre collective Charb-Kouachi.

On ne peut tout comprendre : que faisait le génial Alban Berg dans l’École de Vienne ? personne n’a jamais su, et l’a-t-il su lui-même ? qu’est-ce que font Marie-Noëlle Linemann et Gérard Filoche au PS ? Et que fait le bouffon François à l’Élysée plutôt que de faire animateur de noces (gays incluses) et banquets ? or c’est pourtant là sa vocation !

Et puis il y avait le vieux cochon de Wolinski, le Reiser en moins bien mais quand même pas mal encore, même si, j’avoue, je n’ai jamais été un de ses fans. Et puis il y avait Bernard Maris, l’auteur de l’Antimanuel d’économie grâce auquel j’ai découvert l’importance de la vitesse de circulation de la monnaie – par contre, Bernard, j’ai suivi ton conseil de lire Serge Latouche, or j’ai eu tort, je n’y ai trouvé aucun intérêt, c’est dogmatique, abstrait, tout le contraire de ce que tu savais être. (Je t’ai envoyé un courriel à ce propos le 8 janvier qui est resté sans réponse.)

Il y a eu d’autres victimes qui n’auraient pas dû l’être – heureusement, le vrai écologiste de France, Fabrice Nicolino, s’en est sorti. Et ce, même si les deux premières victimes qui ne prenaient leur pied (faut être tordu quand même !) qu’à gribouiller des insanités blasphématoires sur Mahomet ne méritaient pas d’être tués pour ça évidemment – on devrait plutôt faire procès à tous ceux qui ont donné une résonance disproportionnée à ce fanzine de potaches dont le succès (pas 10 000 exemplaires vendus, une centaine par département) était à la hauteur du minable intérêt qu’il présentait, voire un peu au-dessus.

N’empêche… On ne peut que trouver marrant ces types qui jubilent de blasphémer un dieu auquel ils ne croient pas ! ils donnent l’impression qu’ils ne pourraient plus jouir si ce dieu en lequel ils proclament n’avoir pas foi n’existait pas ! paradoxal ! On devrait appeler ça le « syndrome de la philosophie dans le boudoir » tant Sade semblait être déjà atteint de ce même trouble du comportement…

Charlie Hebdo, c’était de la m…
et ils me doivent remboursement du numéro que j’ai acheté il y a vingt ans.
Je n’efface pas l’ardoise. Na !

N’empêche ! Là je viens d’apprendre que l’on veut faire la peau de Riss parce qu’il a fait des dessins qui ne reviennent pas à certains (certains qui ont le bras long et une grande gueule). Or je dois dire que, sans être à se plier par terre, son dessin est drôle. Pour une fois qu’un dessin – hormis ceux de feu Cabu – de Charlie deuxième formule porte un peu d’humour, on lui fait la guerre !

Certes, ça fait rire jaune, c’est du style 1ère formule o-CHARLIE-HEBDO-570du Charlie, le vrai, le seul Charlie, celui avec le Professeur, monsieur Choron avec qui l’on se doit de rire des choses les plus horribles. Ici, le cadavre d’un petit gamin s’est échoué sur une plage ; c’est sinistre, donc marrons-nous. Après tout, l’humour doit être un exutoire. Mais, sauf à être actionnaire chez McDonald, que dire contre ce dessin qui dit tant de vérités ?

Le petit Syrien est mort dans l’eau, noyé à quelques mètres des verroteries clinquantes de l’Occident qui l’ont attiré là. Tout le ridicule de la situation où des pauvres hères partent à l’aventure et quittent leur pays pour venir dans le nôtre profiter de… hamburgers et de frites. Mourir pour ça ! Passons qu’il paraît que, derrière cet Occident mcdonaldisé, il y aurait aussi le symbole de ceux qui ont provoqué cette guerre qui a chassé le petit Syrien de ce pays où il était né. Tout ça pour ça ! Pour finir devant une affiche de McDo !

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