La liberté d’expression s’arrête à Christine Boutin

imagesQuoi qu’on pense de ce qu’elle dit et quoi qu’en concluront les juges, il faut soutenir Christine Boutin face aux torquemada qui veulent la condamner pour avoir dit ce qu’elle a dit. La liberté d’expression ne devrait avoir de limites, au maximum, que la seule incitation à user de violence contre des individus ou des communautés. Tous les autres procès pour la refréner sont illégitimes, fussent-ils, malheureusement, légaux. On ne devrait pas, par exemple, privilégier, aux dépends d’une autre, une interprétation de notre passé : ce n’est pas à la loi d’écrire l’Histoire. Qui plus est, il n’y a pas de liberté d’expression s’il n’y a pas celle de dire des sottises ou des mensonges. Dans le cas contraire, l’art est mort. Pour les calomniateurs, on peut rêver d’un monde où ce ne serait pas à la justice d’intervenir : si les médias étaient ce qu’ils devraient être, ce sont leurs corrections seules qui devraient rétablir les vérités. On en est loin ! les grands médias préfèrent trop souvent mentir eux-mêmes pour défendre leurs opinions plutôt que d’informer.

On criminalise les « phobes » – « homophobes », « islamophobes », « europhobes », etc. –, c’est là le grand jeu à la mode à Boboland. Les phobies ne peuvent pourtant, de toute évidence, en aucun cas être assimilées à des délits. Les phobies sont des peurs, ce sont des sentiments ; criminaliser le sentiment n’est rien d’autre que le pur délire d’une société en déroute. L’appareil judiciaire ne doit pas intervenir contre des personnes parce qu’elles auraient peur de choses ou de personnes ; le faire n’est rien d’autre que de leur prouver, et au peuple, que ces phobiques ont raison d’avoir peur, c’est encourager un climat anxiogène, celui-là même que dénonçait Michael Moore dans Bowling for Columbine comme responsable des tueries de masse récurrentes aux USA. Les procès contre ceux qui ne s’expriment pas comme la doxa libérale-libertaire voudrait que l’on s’exprime promettent une société angoissée emplie d’une sourde violence latente. Ce sont des lendemains qui déchantent que nous promettent ceux qui n’ont que les « zeurléplussombres » à la bouche.

Au lieu d’une approche rationnelle, pour imposer leur façon de voir – qui en est une qui en vaut une autre, pas plus –, les idéologues de la bien-pensance, armés de concepts qu’ils ne maîtrisent pas, frappent à hue et à dia quiconque fait preuve que tous ne pensent pas comme ils pensent. Les opinions qui ne collent pas au moule qu’ils ont bricolé de bric et de broc sont pourchassées avec hargne et sans le moindre discernement ; plutôt que la raison, c’est la passion pour la « vérité » artificielle qu’ils se sont construits dans leurs laboratoires qui les anime de haine. Cette animosité qu’ils montrent n’est que la preuve de la faiblesse de leurs certitudes : incapables de vaincre sur le terrain des idées, ils usent de violence contre qui ne pense pas comme ils ont inventé qu’il fallait penser. Il leur faut dissimuler tout ce qui dérange, comme si, parce que les idées qui diffèrent des leurs ne seraient plus visibles, ce coup de balai pour mettre la poussière sous le tapis suffisait à ce que ces idées qu’ils réprouvent n’existassent plus. Or non, les SS ont eu beau faire de traquer ceux qui avaient la France libre au cœur, ils n’ont pu stopper la Résistance ! Condamner ceux qui doutent de la vérité officielle ne servira pas davantage à imposer une « vérité » qui n’est qu’une opinion.

La vérité est qu’il n’y a rien de plus futile que d’affirmer que « l’homosexualité serait une abomination ». Nombre d’ « homosexuels » eux-mêmes n’ont pas arrêté, depuis des décennies, de décrire les conséquences de leur orientation sexuelle comme quelque chose d’abominable – ils seraient stigmatisés, se sentiraient exclus, le vivraient mal même dans leur psyché… Tous ceux qui ont décrit l’ « homosexualité » comme étant si dure à vivre n’ont rien fait d’autre que de dire que c’était là « une abomination ». Certes, pour beaucoup, par inculture, ce terme d’ « abomination » sonne difficilement : ceux-là ont tort, rassurons-les ! le sens d’abomination est « horreur » ; quiconque dit que de devoir assumer de vivre comme « homosexuel » dans notre société est une horreur à cause du regard sur l’ « homosexuel » de ceux qui ne le seraient pas ne disent rien d’autre que « l’homosexualité est une abomination ». C’est là d’ailleurs le point où les homophiles et les homophobes se rejoignent : les uns comme les autres pensent que c’est épouvantable, seules les raisons pour lesquelles ça le serait diffèrent. (Les personnes que j’ai connues vivant une sexualité entre garçons ou entre filles ne m’ont jamais donné cette impression-là que ce serait si pénible. Les seuls que j’ai vus en souffrir, hormis quelques chrétiens ou musulmans qui se sentaient homos, ce sont ceux qui ne trouvaient pas de compagnon ou de compagne qui veuille d’eux.)

Dire de quelque chose que c’est une abomination n’incite pas à la haine contre ceux qui en seraient frappés – plutôt, au contraire, à la pitié, ou mieux, à la compassion. Le cancer est une abomination ; cela ne signifie pas que les cancéreux qui en sont les victimes seraient abominables. Certes, quoique le DSM (qui répertorie les maladies psychiques) ait considéré le contraire jusqu’à il y a bien peu, l’ « homosexualité » ne nous semble pas être une maladie (par contre, par certains côtés, le elgébétisme s’apparente bien à une psychose obsessionnelle grave), encore moins une maladie telle que le cancer ; l’ « homosexualité » n’est très certainement pas davantage quelque chose de génétique comme l’avait avancé Nicolas Sarkozy (à Michel Onfray, semble-t-il). De toute façon, quelle que soit la manière dont on veut tordre les mots pour leur faire dire ce qu’ils ne disent pas, le parallèle entre les deux propositions ne vise pas ici à tracer une analogie entre ces deux abominations supposées, le cancer et l’homosexualité. (Quant à nous, seul le cancer nous apparaît comme étant une abomination, mais nous défendons le droit de ceux qui, comme Mme Boutin, croient que l’ « homosexualité » en serait une, de le dire, eussent-ils tort, ce qui est d’ailleurs improuvable.) Le parallèle est ici entre ces énonciations du caractère d’abomination de ceci et de cela, or elles sont toutes les deux très exactement de natures syntaxiques absolument semblables : il n’y a pas davantage de condamnation du supposé homosexuel ni d’ « incitation à la haine » contre lui que contre le cancéreux quand on affirme que l’ « homosexualité » ou le cancer sont des « abominations ». Ceux qui prétendent le contraire sont des menteurs ou des fous. Quoi qu’en raconteront des ignares ou des imposteurs, la chose est entendue.

Si l’on défend ici Christine Boutin face à l’agression du lobby politique elgébétsite, symptomatique de la dérive bourgeoise de la gaugauche-panier, ce n’est pourtant pas que l’on partage cette vision du monde qu’elle avance et qui semble aussi contestable que celle de son ami l’ex-président de la République. Probablement que Mme Boutin est « homophobe » dans ce sens où l’ « homosexualité » lui ferait peur ? c’est son droit et l’on doit lui reconnaître le plein droit d’exprimer ses craintes, et l’on se doit de l’entendre sans se raidir telles des chaisières de Saint-Sulpice qui auraient aperçu un impie. Il n’y a rien de mal à dire que l’on craint quoi que ce soit, fût-ce l’invasion de zomosexuels, fantasmatiques, nouveaux migrants en masse sur notre pauvre monde. Face aux idiots, il faut affirmer que l’homophobie ne saurait être un délit mais une pathologie psychique (assez comparable au elgébétisme quand celui-ci n’est pas purement inspiré par le désir de récupération politicienne) comme toute autre peur phobique.

On soulèvera par contre que, si le président du tribunal chargé de ce procès d’opinion, digne des belles heures du bolchevisme d’antan, exagère en ironisant qu’elle aurait « un léger problème de vocabulaire », Mme Boutin se contredit. En effet, elle acquiesce que l’ « homosexualité » serait, selon elle, « une identité sexuelle » (ce que l’on ne croit pas une seconde) ; or elle affirme qu’elle « ne regarde pas les personnes en fonction de leur orientation sexuelle »… N’est-ce pas bien étrange de ne pas regarder les gens en fonction de ce qui appartiendrait à leur identité qui résiderait, au moins en partie d’après elle, dans leur orientation sexuelle ? Sur quoi les regarde-t-on, alors, si l’on ne s’intéresse pas à ce qui ferait, selon elle, leur identité ?…

Pour autant, les conceptions de Mme Boutin ne fussent-elles pas bien établies et bien solides – ce dont on ne doute pas, quelque respect l’on puisse toutefois lui garder –, la condamner parce qu’elle ne parlerait pas comme la tyrannie contemporaine le veut, voilà qui serait sans nul doute une bougre d’ « abomination » !

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