Avec son tout grand burkini…

Provocation islamique, victimisation, infériorisation de la femme, certes, le burkini l’est, mais il n’est pas que cela.

Le burkini est d’abord l’antithèse des ABCD de l’égalité « femme-homme » promue par Najat Belkacem et beaucoup de gauchistes, se disent-ils « de droite », voire de « droite dure » comme Florian Philippot. La femme est, dans nos sociétés, et c’est une bonne chose, reconnue comme égale en droits à l’homme mâle. Ceci est une bonne chose car cela intègre les femmes dans l’espace politique qui, sinon, dénie l’appartenance à la communauté nationale de la moitié de sa population sous prétexte qu’elle est porteuse d’ovaires. À l’opposé, l’Arabie saoudite ou la Grèce antique reléguaient ou relèguent encore la femme au gynécée ou au harem (je caricature) ; or, une société démocratique telle que définie par Montesquieu est plus forte en intégrant toutes ses composantes, femmes comprises bien entendu.

Les ABCD de l’égalité et certains groupuscules féministes radicaux promeuvent l’idée que la femme serait l’égale de l’homme tout en n’en faisant plus une égale « en droits » mais en matière. L’argument, complètement faux sauf dans un monde orwellien dans lequel la vérité est devenu le mensonge, est que l’inverse d’ « égal » serait « inférieur ». Il s’agit là d’une volonté de confusion dans le langage. L’antonyme d’ « égal », c’est « différent » et non pas « inférieur » qui est l’antonyme de « supérieur ». Le mot égal, en mathématiques comme dans la langue, signifie pareil, semblable, identique. Est-ce qu’une femme est pareille qu’un homme ? La réponse est non et il ne saurait donc pas y avoir la moindre égalité possible entre une homme et une femme, si ce n’est « en droit ».

Dès lors que l’on a reconnu qu’une femme n’est pas un homme mâle mais une femme, des différences s’imposent comme pouvant être légitimes dans les comportements sociaux des deux sexes. C’est une constance universelle que cela se manifeste tout particulièrement dans le vêtement. Fait autorité en anthropologie sexuelle, bien que datant de 1951, l’étude Panorama du comportement sexuel des chercheurs américains Clellan Stearns Ford et Frank Ambrose Beach répertoriant les pratiques amoureuses de près de deux cents peuplades sur la terre. Ainsi notent-ils que « Même dans les sociétés où l’on ne porte aucun vêtement […] il existe des règles de bienséance qui s’opposent à l’exhibition des parties génitales de la femme. » Cela peut paraître étonnant, ne serait-ce que parce qu’à priori il semblerait que ce soit plutôt l’autre sexe qui a quelque chose à cacher, mais la pudeur se porte systématiquement d’abord sur la femme. Dans la mesure où c’est un invariant commun à toute l’humanité, même dans les sociétés où les femmes sont plutôt dominantes, il serait peut-être sage de considérer ce fait comme une donnée fondamentale de l’éthologie humaine. On – nous tous, l’humanité entière – exige une certaine pudeur de la femme.

C’est un fait avéré et reconnu que cette pudeur exigée tout particulièrement de la femme est variable selon les lieux et les époques. Sur une plage, nos arrière-grands-parents européens auraient peut-être insulté une femme en anachronique bikini et craché sur celle en monokini. Il se dit que c’est un progrès – Beauvoir en fait même une énorme victoire (!) – que le bas de la jupe des femmes ait remonté dans le temps pour passer de la cheville de toutes nos aïeules d’Occident jusqu’à la minijupe. Est-ce mieux ? est-ce moins bien ? Qu’est-ce là sinon affaire de goût ou de conventions ? Des femmes vivent nues dans des tribus d’Afrique, d’Amérique du Sud ou d’Océanie qui connaissent pourtant la pudeur. La pudeur n’est que là où la met !

L’affaire du burkini, mais plus largement aussi celles du voile et du hijab (excluons le niqab et la burqa qui n’ont rien à voir dans la mesure où ils dissimulent le visage), fait s’affronter deux perceptions opposées de la femme. L’une où la pudeur est poussée très loin jusqu’à effacer totalement le corps hormis le visage, l’autre où elle va jusqu’à l’inverse absolu défini par les anthropologues il y a un demi-siècle, la dissimulation des seules parties

Hindu Devotees Gather For The Maha Kumbh

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génitales, voire des seins. On a d’un côté des femmes qui considèrent que leur pudeur leur ordonne (passons sur les prescriptions religieuses qui, si elles existent, ne mènent à rien pour éclaircir le débat) de se couvrir entièrement sous peine de se trouver comme violées dans leur intimité, de l’autre des femmes en bikini qui sentent, à juste titre, que leurs propres conceptions de la pudeur sont attaquées par celles en burkini. Il ne s’agit au fond que d’une querelle de chiffons, mais ce genre de querelles se sont toujours montrées terribles sur tous les continents tout au long de l’histoire.

Alors, que faire ? Eh bien ce n’est pas simple. Ce que nous savons, c’est que, comme l’a justement conclu le Conseil d’État, salué en cela par Bruno Gollnisch, on ne peut pas interdire le burkini au nom de la laïcité sauf à la considérer, ainsi que le socialiste Vincent Peillon et le F.N. Florian Philippot réunis y invitent, comme une religion et non un principe. Or, nous ne voulons pas de la laïcité pour Dieu ! On pourrait faire des plages burkinis et des non burkinis à l’exemple des plages naturistes. Mais les joyeux naturistes ne sont que quelques poignées de doux rêveurs qui, par leur insignifiance numérique, ne gênent pas grand monde. Il en serait tout autrement si l’on considère le nombre de femmes, ne serait-ce que parce que musulmanes, susceptibles d’être tentées par le port du burkini ; ce serait là mettre en ordre un apartheid (une séparation) insupportable sur notre territoire.

On peut pourtant interdire le burkini… mais cela ne pourra se faire ni en invoquant la laïcité, le prosélytisme ou une religion, ni en dénonçant de mauvaises mœurs qui feraient porter ces maillots de bain à des femmes. Ce serait en effet le comble de dénoncer un excès de pudeur comme signe de mauvaises mœurs ! Il est en revanche possible de dire que, tout à fait arbitrairement, parce que c’est son légitime bon plaisir, la communauté française désire à une très large majorité proscrire cette tenue parce que cette tenue la dérange. C’est là l’essence même du gouvernement que de se montrer ce qu’il est : affaire de choix. En réalité, il existe maints règlements de la sorte qui proscrivent le port de certains vêtements. Les débats sur le monokini ou la minijupe ont été terribles en France il n’y a pas cinquante ans ; les insultes ont fusé, combien de femmes se sont fait traiter de « chienne » parce qu’elles en portaient ? À l’époque, il y a eu un certain trouble à l’ordre public à cause de ces vêtements jugés trop minces par beaucoup ; la puissance publique n’est pas fortement intervenu en ce temps-là mais elle aurait tout aussi bien pu le faire et aurait été tout à fait en droit de le faire. Admettrait-on que des femmes se promènent aujourd’hui seins nus dans la rue, dans les administrations ou à l’université ? Hormis quelques petits coquins, probablement pas. Et pourtant, une très grande partie des peuplades connues ne couvraient pas les seins des femmes (c’était aussi le cas à Babylone, en Crète et en Égypte antiques). Alors oui, de même que l’on a interdit aux femmes le port du pantalon jusqu’à il y a… quatre ans, on peut tout aussi bien interdire le burkini, sachant qu’il s’agit là d’une question de mode sans pour autant mésestimer que ces conventions sociales que sont les modes font indissociablement partie de ce qui fait une civilisation, tout du moins une culture. Par contre, ne cherchons pas ici de raisons morales ! contentons-nous de la légitimité d’avoir le droit de choisir les us du monde dans lequel on veut vivre !

Pour revenir sur ce que nous dénoncions tout à l’heure, il ne faut surtout pas négliger l’attaque lancée par la modest fashion des « vêtements pudiques » contre les indifférentialistes qui chantent qu’une femme est un homme comme les autres et réciproquement. Tout au contraire, les burkinistes affirment la féminité de la femme par la singularité de son apparence vestimentaire. Il ne fait aucun doute que, à l’inverse des jeans « unisexe », le voile ou le hijab érotise le corps de la femme en le désignant pour ce qu’il est, corps de femme vêtu d’un habit spécifiquement féminin. Pour qui sait regarder les femmes, toutes les femmes, il y a d’ailleurs une indiscutable et troublante coquetterie chez bien des filles voilées. Comme un éternel féminin de séduction, autant adoré par Goethe que haï par les féministes, qui transparaît sous les plus amples tissus. Quel que soit sa mise, la femme ne restera-t-elle pas toujours la femme ?

Certains, plus ou moins sincères, veulent attaquer le burkini parce qu’il ferait offense à la femme qui le porte. Une femme n’aurait pas le droit de mettre cette tenue parce qu’elle insulterait toutes les femmes. Qui plus est, la femme s’accoutrant ainsi le ferait parce qu’elle obéit à une pression sociale qui l’oblige à se vêtir ainsi qu’elle le fait. Oui, c’est vrai, mais c’est ainsi que nous nous habillons tous, excepté certains excentriques, en tenant compte de la pression sociale qui nous fait mettre plutôt certains vêtements que d’autres. Imaginez un cadre sans cravate ! et venez au stade en cravate ! Attaquer le burkini parce qu’il rabaisserait la femme n’est exact que pour ceux qui ont une certaine conception de la femme, conception de le femme qui est celle de beaucoup de nos féministes (dont beaucoup, schizophrènes, défendent pourtant le burkini), conception qui n’a rien d’universel, conception qui est complètement idéologique. C’est l’idéologie occidentale postmoderne dans toute son arrogance qui s’exprime là. Beaucoup sont persuadés que c’est la meilleure conception de la femme, ce n’est là que leur conviction, elle ne s’appuie sur rien et, ne concernant qu’une partie de l’humanité contemporaine, a tout juste 50 ans. Ce serait là se prendre pour des tuteurs responsables face à des « mineurs » kantiens en burkinis comme le faisait Jules Ferry avec ses « peuples inférieurs » ! La femme n’aurait pas le droit de porter le burkini parce qu’elle ne se rendrait pas compte de ce qu’elle fait, on n’est pas loin du « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté » de Saint-Just…

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Alors peut-être est-il temps de profiter de cette polémique autour du burkini pour rappeler que la femme n’est pas l’égale de l’homme dont elle diffère – et oh combien elle en diffère ! Car là où les burkinistes ont raison et toute une certaine gauche sociétaliste a tort, c’est qu’une femme n’est pas et ne sera jamais un homme mâle ni même l’égale de cet homme. Elle n’est pas pareille, ni supérieure ni inférieure, mais inégale, intrinsèquement différente de lui. Or ce ne serait pas faire là une concession à l’islamisme que de reconnaître l’inégalité de l’homme et de la femme, ce ne serait que faire allégeance à la vérité, une vérité tout ce qu’il y a de scientifique et indiscutable, sauf à être fou.

Alors oui, on peut interdire le burkini. Mais pas en se rangeant derrière les drouadlom l’égalité-de-la-femme et autres lubies idéologiques. On peut interdire le burkini parce que ça déplaît tant à tant de gens que ça cause des troubles à l’ordre public. On peut choisir qu’il est illégal, comme cela s’est fait ailleurs, pour des rasions sanitaires. On peut enfin l’interdire pour la bonne raison qu’on n’a pas envie de le voir. Il faut assumer ses choix et arrêter de toujours se cacher derrière de bonnes intentions ! On sait combien de crimes ont été commis pour de bonnes causes. Faut-il rappeler que dans des pays aussi anti-musulmans que celui où règne le Commandeur des croyants, des hôtels ont décidé de proscrire ce maillot de bain. Dans la foulée, on pourrait aussi interdire, ou ne le réserver qu’à certaines plages, le monokini. Pourquoi pas ? Tout cela n’est qu’affaire de choix ! c’est là le fondement de l’humanité que de choisir.

Qu’on l’interdise ou ne l’interdise pas, ce qui – n’étant guère plagiste, ne m’émeut guère -, qu’au moins on fasse ce qu’on fera en n’invoquant pas de fausses raisons pleines de faux bon sens !

 

  • en illustrations, ni musulmans ni laïques, mais des pèlerins de la Kumbh Mela hindouiste. On remarquera aisément une légère différence entre l’habit selon le sexe.
  • en 1 : ALLAHABAD, INDIA – JANUARY 14 (Photo by Daniel Berehulak/Getty Images)
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