Le Grand Remplacement

Ah oui ! le « grand remplacement ». Qui a deux yeux pour voir, voire pour pleurer, ne peut pas se poser cette question. Le grand remplacement est un fait, la question à se poser n’est pas de savoir s’il existe mais s’il est bon ou mauvais. Ensuite, se posent d’autres questions : savoir ce qu’il faut faire de ce fait avéré, et, pour l’observateur, savoir comment et pourquoi il a lieu.

Bien sûr, d’abord, qu’est-ce que le « grand remplacement » ? C’est un concept, un « syntagme », une thèse diront les ombrageux, formé par l’écrivain à la belle plume Renaud Camus. Celui-ci remarque qu’il y a, à cause de l’immigration massive, connue par la France et l’Europe depuis des décennies, une raréfaction de la population indigène par rapport à celles importées des « remplaçants ». Historiquement, l’afflux d’immigrés n’est pas nouveau en France, il date du début du XXe siècle et a connu des vagues successives : Polonais, Italiens, Espagnols, Portugais… Ces immigrés se sont assimilés, souvent avec difficultés, au pays d’ « accueil » auquel ils ont servis de bras pour servir son industrie. À partir des années 60-70, les vagues migratoires sont plutôt venues du Maghreb puis d’Afrique noire et ces immigrés-là se sont manifestement moins bien intégrés à la société française. Jusqu’ici, ce « grand remplacement » n’est que reconnaissance du factuel que personne ne devrait contredire.

Or Renaud Camus ne s’arrête pas là et analyse que ce sont les différences raciales et culturelles de ces nouveaux arrivants (contrairement aux précédents immigrants, ces derniers ne sont pas des Blancs mais des Noirs, des Arabes et des Berbères, ils ne sont bien souvent pas chrétiens, même d’origine, mais souvent musulmans) qui font qu’ils ne s’assimilent pas et ne pourront s’assimiler. Certes, M. Camus a raison de soutenir qu’un Lillois « de souche » a davantage de différences avec un Dakarois qu’avec un Madrilène ; mais on peut tout de même opposer que, pour ceux arrivés alors même que commençait à prospérer la crise en France, pétrolière dès 1971 puis financière et aggravée lourdement en 2007-2008, crise ininterrompue depuis lors et n’ayant guère de raison sensée de se résorber jamais, bien au contraire, les conditions sociales ne sont pas favorables à ces derniers immigrés contrairement à ceux venus pendant les Trente Glorieuses.

Dernier point qui concerne le grand remplacement effectif de population, point polémique cette fois, Renaud Camus apparie ce Grand Remplacement de sa solution : la « remigration », le retour des immigrés derniers arrivés, ceux d’Afrique principalement, dans leur continent d’origine : « Le Grand Remplacement est une calamité tandis que la remigration, elle, est un remède, une façon de traiter le mal, une solution. » Cette « remigration » n’est pas défendue que par Renaud Camus mais aussi par quelques Africains eux-mêmes qui prônent le retour au pays. Les « identitaires » se nourrissent aussi (si ce n’est, malheureusement, de la prose de l’écrivain) de cette idée de faire migrer en sens inverse les immigrants d’hier et d’aujourd’hui.

– Raciste ! – Gauchiste toi-même ! – voire « islamo-gauchiste » ! Les passions s’envolent et les noms d’oiseaux avec. D’un côté, on vitupère le remugle nauséabond des zeurléplussombres, de l’autre, on brocarde le padamalgam plein d’angélisme de trois petits singes bobos. Guère de doute que, en ce qui concerne les plus ultras des deux camps, on n’a pas tort de dénoncer la paille dans l’œil de l’autre ! Passons.

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Dans son roman de 2010, La Carte et le territoire, Houellebecq (assassiné par un collectionneur d’œuvres d’art, RIP) imagine que, dans le « début des années 2020 », le gouvernement, suite aux graves crises économiques qui ne manqueront pas de venir prochainement, prendra soudain conscience du problème migratoire ; et, supprimant les aides sociales qu’il ne peut plus payer dans un pays à l’économie en déroute, verra se faire d’elle-même une remigration volontaire en masse des immigrés d’hier, ne touchant plus ces aides dans un pays économiquement sinistré, vers leurs pays d’origine. Cela se ferait si bien que, dans les années 2030-2040, la France ne serait plus peuplée quasi que de populations « de souche ».

Ces prophéties du Prix Goncourt 2010 semblent logiques, les crises à venir étant plus que probables dans ce pays qui est déjà, contrairement à l’Afrique globalement (40 habitants au km² contre une centaine dans l’Hexagone), quasi surpeuplé par rapport à ces capacités. En effet, si l’Afrique a connu un boum démographique impressionnant, ce n’est que pour faire suite à une sous-population (seuls 100 millions d’habitants en 1900 ! trois fois la France de 1800 sur un territoire 45 fois plus vaste !). Surtout, notre pays n’a aucun avantage économique en terme de matières premières (qui sont foison dans le Continent noir) et son industrie est à terre, reste sa productivité du travail exceptionnelle… mais ce serait être niais que de s’imaginer que le « savoir-faire français » soit irremplaçable.

Il faudrait être fou pour vouloir à tout prix sauvegarder sa place de 5e ou 6e puissance mondiale à ce pays ! cela se paierait par la dégradation du pouvoir d’achat des Français. Mieux vaut conserver un certain niveau de vie des gens d’ici qu’une place d’honneur pour leur France au tableau des nations ! (On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre.)

Malheureusement… Malheureusement pour l’heureux scénario de Michel Houellebecq, la France est une province de l’Union européenne et cette Europe de Bruxelles-Berlin n’a toujours pas renoncé à se faire. En revanche, les européistes ont saisi, comme les souverainistes, que, faute qu’il n’y ait de peuple européen, l’Europe unie qu’ils veulent ne se fera jamais. Aussi, plutôt que de se fatiguer en vain à mentir pour faire accroire aux peuples de l’Europe que leurs populations récalcitrantes ont quelque chose à gagner à leur projet jupitérien, ils se sont mués en « remplacistes », ont adopté la formule de Brecht et décidé de « dissoudre le peuple », les peuples de l’Europe, dans l’immigration massive. Ils ont cogité que, quand il y aura 20 % d’Africains du Nord, 20 % de Noirs africains et 20 % d’immigrés venant d’autres continents dans chaque peuple européen, l’homogénéité démographique européenne sera réalisée par ce melting-pot. (C’est d’ailleurs pour cette seule raison qu’ils insistent tant pour que les Pays de l’Est « accueillent » leurs migrants.) Quand ce grand mélange sera fait, youpi ! ils pourront faire tranquilles cette Europe à laquelle ils tiennent tant (sans que l’on ne sache bien pourquoi) et dont ne veulent pas vraiment, à juste raison, les peuples de souche quand les populations immigrées n’ont guère idée de quoi il s’agit et ont bien d’autres choses à penser.

Le plus comique dans l’affaire n’est-il pas que bien des identitaires, face à l’invasion migratoire actuelle, appellent les « de-souche » de toute l’Europe, plus ou moins les Blancs et les chrétiens, à s’unir entre peuples différents d’Europe contre les migrants ? C’est-à-dire qu’ils appellent à faire l’Europe pour se défendre de migrants envoyés par ceux-là même qui, à Bruxelles, programment ce déferlement de migrants pour faire quoi ? l’Europe ! Si bien que l’on se retrouve avec cette confusante configuration où ceux qui veulent des migrants et trop de ceux qui n’en veulent pas travaillent de fait pour le même but : faire cette Europe dont ne veulent pas les Européens !

 

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